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Mélenchon - Les journalistes

Mélenchon - Les journalistes

Libération - 21/03/2012 - Mélenchon à un photographe de «Libé» : «Allez, dégage !» - Par Lilian ALEMAGNA

A la fin d'une rude journée, le candidat Front de gauche a piqué une colère injustifiée contre les «certitudes corporatistes» des journalistes.


La journée a été bien remplie pour Jean-Luc Mélenchon. Pendant que les autres principaux candidats étaient à Montauban, aux obsèques des militaires tués, le candidat Front de gauche avait choisi mercredi de ne pas modifier son agenda. Prise de parole le matin sur le parvis de la préfecture de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour défendre les services publics, déjeuner avec le maire PCF de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) puis visite avec des habitants de cette municipalité PCF victime de «marchands de sommeil».

A chaque étape, le candidat Front de gauche prend la parole en public et répond, après bousculades, aux médias audio-visuels sur sa non présence dans le Tarn-et-Garonne: «Si le chef de l'Etat, chef des armées est à sa place devant les dépouilles [...] notre rôle à nous, après avoir été comme les doigts d'une main [et] de dire que le même abruti [le tueur, ndlr] ne trouvera aucune faille entre nous.» Ou encore: «Nous ne croyons pas qu'un seul musulman n'ait quoi que ce soit à voir avec un dégénéré pareil!»

«Vous piétinez les enfants!»

On approche les 17 heures. Jean-Luc Mélenchon monte dans le bus des journalistes pour un point de presse improvisé. Il s'assied dans un carré du bus et revient sur la visite qu'il vient de faire avec des personnes mal-logées. «C'était émouvant quand même... Dans ma ville en Essonne, j'ai assisté à la destruction des derniers bidonvilles», dit-il à la quinzaine de journalistes présents. Il se tourne vers le photographe de Libération assis en face de lui. «Vous allez faire des photos? Je ne vous permets pas de mitrailler. Si vous me mitraillez, je m'en vais.» L'appareil est entre les jambes du photographe. Ce dernier tente de le rassurer en mettant l'appareil sur la table, l'objectif tourné vers le bas. «Je ne vous fais pas confiance», lui lance Mélenchon.

La journée a été rude. Les médias sont venus en nombre pour cette sortie francilienne. Depuis sa démonstration de force à la Bastille, l'équipe du candidat a du mal à s'adapter à l'afflux médiatique et au rythme d'enfer imposé au prétendant à l'Elysée. A plusieurs reprises, Mélenchon s'est retrouvé ce mardi au milieu de bousculades entre son service d'ordre et certains photographes. Notamment en début d'après-midi sur le parvis de la préfecture de Bobigny. Dans le bus, Mélenchon s'emporte alors contre celui de Libé. «Vous êtes là, vous bousculez tout le monde! lance-t-il. Vous ne respectez rien! Vous piétinez les enfants!»

«On ne dit pas: "Vous êtes tous pourris"»

Manque de pot, le député européen s'en prend à un photographe qui n'était pas dans la bousculade du début d'après-midi. Lui faisant comprendre qu'il est d'accord avec les critiques sur les jeux de coudes de ses confrères, il fait alors remarquer à Mélenchon qu'il n'a pas à s'emporter contre lui personnellement: «On ne dit pas: "Vous, les politiques, vous êtes tous pourris"». Le candidat à la présidentielle ne le supporte pas: «Vous me faîtes la leçon en plus? Allez dégage!» Personne ne bouge. Mélenchon se lève alors pour aller vers l'arrière du bus. «Restez avec vos certitudes corporatistes... Est-ce que la voiture suit derrière?» demande-t-il à un membre de son staff. «Arrête le car.» L'eurodéputé quitte alors le véhicule pour entrer dans une voiture. Puis lance à la cantonnade: «Allez, la corporation, au revoir!». Au final, pas une question n'a été posée.

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Mélenchon proteste contre "Parole de candidat"

Mélenchon proteste contre "Parole de candidat"

Monde.fr (Le blog de Raphaëlle BESSE DESMOULIERES)- 05/03/2012 - Mélenchon proteste contre l’émission « Parole de candidats » - Par Raphaëlle BESSE DESMOULIERES


Jean-Luc Mélenchon n'est pas content et le fait savoir. Sur son blog, dans une note publiée le vendredi 2 mars, le candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle pousse un coup de gueule contre l'émission "Parole de candidats" sur TF1, dont il est l'invité lundi soir. Dans cette émission, deux candidats se succèdent sur le plateau : ils répondent d'abord à 14 Français, issus de reportages diffusés dans les journaux de TF1 et LCI, avant d'être confronté aux questions de journalistes. Lundi soir, Marine Le Pen sera en prime time, l'ancien socialiste n'intervenant qu'après 22 h 20.

Un déroulé que M. Mélenchon critique sur son blog. "TF1 me donne généreusement une demi-heure de temps de parole en soirée. Mais auparavant vous aurez dû subir une heure et demie de madame Le Pen ! N’oubliez jamais, mes amis lecteurs, cette offense ! (...) Nous avons évidemment protesté, y compris auprès du CSA. Mais TF1 nous a expliqué que c’était comme ça ou rien. Il faut donc subir. Comme on subit l’occupant privé d’une ancienne télé publique en lui résistant du mieux qu’on peut."

"Manquement à l’équité"

Dans une précédente note, le 28 février, M. Mélenchon avait déjà critiqué la forme de cette émission, estimant que "ce genre de panel [les 14 Français sélectionnés par TF1] est un non-sens absolu" et les douze thèmes possibles sur lequel le candidat du Front de gauche peut être interrogé. "Impossible d’y donner une vision d’ensemble qui explique votre angle d’entrée sur un problème. On commence tout de suite par les 'détails' soit disant 'concrets'. (...) Je pense qu’il faut se préparer concrètement à avoir un avis concret sur la taille concrète des mailles des filets de pêche à la berlue d’eau douce !"

Pour protester contre un "tel manquement à l’équité", Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche, a de nouveau écrit le 1er mars au CSA. "Il s’agit pour nous clairement d’un choix politique qui évidemment ne peut qu’influencer les électeurs. Il a une conséquence inédite : trois des quatre candidats à bénéficier de la case 'prime time' sont de droite ! Rien ne justifie cette répartition", attaque M. Coquerel,  qui dénonce également dans ce courrier "l’extrême concentration du temps de parole sur les deux candidats Nicolas Sarkozy et François Hollande" et "le préjudice subit par Jean-Luc Mélenchon", en terme de temps de parole. Et M. Mélenchon de conclure : "Que va-t-il se passer ? Rien. Le monde va sa route. Ces gens [du CSA] nous méprisent. Nous ne sommes rien à leurs yeux. Pleins de morgue et de suffisance ils ne comprennent peut-être même pas de quoi il est question."
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L'analyse de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon - Front de Gauche
"Le vote utile me casse les urnes"
Chapeau l'artiste
Mélenchon pousse Hollande à Gauche
Marketing révolutionnaire
Les meetings
L'appel sur le web
Qui vote Mélenchon ?






Europe 1.fr (Le Lab) - 27/03/2012 - "Le vote utile me casse les urnes" dit la porte parole de Mélenchon" - Par Paul LARROUTUROU



Face à l'argument du PS qui appelle au "vote utile" de la gauche pour François Hollande dès le premier tour en souvenir du traumatisme du 21 avril 2002, Clémentine Autain, porte-parole du candidat du Front de gauche, avait préparé sa formule mardi matin sur Europe 1.

Franchement, si nous étions devant Marine Le Pen, le soir du premier tour, c'est une victoire considérable parce que c'est une bataille idéologique que nous allons mener. Et c'est aussi une manière de sortir de cet espèce de discours infernal sur le vote utile. Je pense que le vote utile aujourd'hui c'est pour Jean-Luc Mélenchon.

Mais ce fameux vote utile qui fait voter pour le candidat socialiste au premier tour, franchement, ce vote utile me casse les urnes. 


Le Monde.fr (Les 19 heures de Françoise Fressoz) - 06/03/2012 - Mélenchon : chapeau l’artiste ! - Par Françoise FRESSOZ



En l'observant lundi soir faire son show dans l'émission "Parole de candidat"sur TF1, on comprend mieux pourquoi Jean-Luc Mélenchon est l'homme du moment, le candidat qui monte. Il est à la fois  grande gueule et grand cœur, hardi mais pas méchant, râleur mais généreux.

L'ex-socialiste a pour mission de ressusciter les communistes que François Hollande a un peu trop vite enterrés mais, quand on ferme les yeux, ce n'est ni  Jaurès ni Thorez que l'on entend .

C'est plutôt Godefroy de Montmirail dans le film Les Visiteurs. Même langage châtié, même phrasé bien rythmé. Mélenchon a l'élégance du verbe. Il en donne à son public et souligne par contraste la pauvreté de ceux qui privilégient les chiffres.

Son projet, cependant, vaut la peine d'être chiffré. C'est un vrai hold-up fiscal :  plus de 100 milliards d'euros prélevés sur les "riches", les revenus financiers et les entreprises alors que la France est déjà championne des impôts et des taxes mais l'énormité de la somme est énoncée avec de si bonne intentions : la  retraite à 6O ans, le SMIC à 1700 euros, des contrats à durée indéterminée pour tous, la pauvreté éradiquée, qui n'en voudrait ?

Le  Mélenchon nouveau est un Robin des bois qui prône "le partage" et l''attention aux autres." Il n'est pas né d'un coup. Avant lui, il y a eu le Mélenchon imprécateur qui tirait à vue sur les élites dans son livre Sortez les tous (Flammarion, 2010). Puis le Mélenchon  anti-socialiste qui qualifiait François Hollande de "capitaine de pédalo".

Il a bonifié son personnage en changeant de cible. Désormais, il s'en prend à Marine Le Pen qu'il accuse d'être porteuse de "haine" et de "divisions". Sur le marché  du populisme,  il est le bon, elle est la brute. Et ça paie.


Public Sénat - 08/03/2012 - Mélenchon pousse Hollande sur sa gauche - Par François VIGNAL



Jean-Luc Mélenchon, qui a passé la barre symbolique des 10% dans un sondage, continue son ascension. Son équipe espère « un effet boule de neige ». Alors rabatteur de voix pour Hollande ou menace pour le socialiste ? « Ce n’est pas gênant », assure un porte-parole du candidat PS.
Dans l’équipe de Jean-Luc Mélenchon, on y croit. Quelque chose se passerait, une force monterait de tout le pays : meetings qui font le plein, retours de terrain positifs, premier sondage à 10% d’intentions de vote… « Il y a trop d’indices. On est en train de passer une barre de crédibilité. Les médias parlent plus de nous. Il va y avoir un effet de capillarité, un effet boule de neige », nous affirme Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche et conseiller de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat a un rêve : rejouer le coup du « non » au référendum sur le Traité européen de 2005.

Discussions à l’arrêt sur les législatives
Fort de cette montée dans les sondages, le Parti de gauche aimerait avoir son mot à dire pour les législatives. Le PS a signé des accords avec Europe Ecologie-Les Verts, le PRG et le MRC. Rien avec les amis de Jean-Luc Mélenchon. En février, le PG a tenté de prendre part à la danse. Point d’entrée : les candidats de gauche menacés d’élimination au premier tour dans 90 circonscriptions à cause du FN. « Localement, des socialistes nous approchent pour souhaiter un accord et que l’on se retire », explique Coquerel. Le Parti de gauche y serait prêt, à condition d’un accord national. Des discussions avait même commencé. Mais la sortie de Mélenchon sur Hollande « capitaine de pédalo » y a vite mis un terme. Eric Coquerel regrette aujourd’hui cette « fin de non-recevoir » du PS. Solférino a été relancé par lettre, il y a environ un mois. « Nous avons reçu la réponse par courrier il y a 2 semaines : il nous explique qu’il n’y aura pas d’accord national s’il n’y a pas d’accord politique avant. Et c’est précis. Il doit impliquer au minimum le vote du budget », explique le conseiller de Mélenchon. Il prévient : « C’est hors de question. Cela impliquerait qu’on vote un budget de rigueur ».

« Signes encourageant, mais le compte n’y est pas »
Si le projet social-libéral de François Hollande est loin de satisfaire le camp Mélenchon, la proposition de taxation à 75% des plus riches n’est pas pour déplaire. « A chaque fois qu’il y a un pas à gauche, on est ravis. On verra bien jusqu’où bouge le curseur. Ce sont de signes encourageants. Pour l’instant le compte n’y est pas. Mais plus on va monter, plus il devra aller dans notre sens », veut croire Eric Coquerel.

La taxe de 75% n’a pas pour seul mérite d’avoir centré le débat sur une proposition de François Hollande. Elle permet aussi au candidat PS de répondre à la pression que Mélenchon crée sur sa gauche. Dans l’entourage du socialiste, on se défend d’adapter la stratégie. « Nous ne faisons pas campagne en fonction des autres », assure Bernard Cazeneuve, porte-parole de François Hollande. « Il veut mettre la justice au cœur de la République. C’est le fil rouge de notre campagne ».

« Il siphonne l’extrême gauche »
Au PS, on affirme regarder la montée de Mélenchon plutôt d’un bon œil. Du moins pour le moment. « Il siphonne l’extrême gauche et cherche à retirer à Marine Le Pen les brebis égarées. Je trouve ça plutôt sympathique et ce n’est pas un problème pour le PS », a estimé ce matin Jean-Christophe Cambadélis, invité d’En route vers la présidentielle, sur Public Senat et Radio Classique. De là à dire que le tribun du Front de gauche peut jouer le rôle de rabatteur de voix pour Hollande en vue du second tour… « Il n’y pas de rivalité. Il conquière des franges qui étaient peut-être en déshérence à gauche », note la sénatrice Marie-Noëlle Lieneman, membre de l’aile gauche du PS.

« Ce n’est pas gênant que Mélenchon cristallise son électorat. Personne ne se trompe en votant à gauche », affirme Bernard Cazeneuve, qui évite d’attaquer Mélenchon. Il ajoute : « Un total gauche haut, au premier tour, avec François Hollande haut, ça ne nous dérange pas. Le vrai risque, c’est la démobilisation de notre électorat. Que les autres soient hauts, mais que François Hollande soit bas. Nous devons rappeler que rien n’est joué ».

Prochaine grosse étape pour Jean-Luc Mélenchon : le 18 mars. La date n’est pas choisie par hasard : c’est l’anniversaire du soulèvement de la Commune... Une marche sera organisée à Paris entre Nation et Bastille, avec meeting en plein air sur la place à l’arrivée. Objectif : donner à l’événement « un côté insurrection civique. Il faut frapper les esprits », fixe Eric Coquerel. « Ce sera un moment extrêmement important, l’amorce d’une nouvelle période ». Avec l’entrée dans la campagne officielle et l’égalité des temps de parole, Jean-Luc Mélenchon espère passer au niveau supérieur. Si le candidat du Front de gauche continue son ascension et que François Hollande en pâtit, on peut parier que le discours du PS à son égard changera.
Le Nouvel économiste - 21/03/2012 - Monsieur Jourdain - Par Caroline CASTETS



Il voulait reprendre la Bastille. Il l’a fait. Après des mois de montée en puissance dans les sondages et les médias, Jean-Luc Mélenchon vient de remporter une victoire qui, cette fois, n’a plus rien de symbolique. Comme si, rassemblant plus de 100 000 personnes sur “la place de toutes les révolutions”, le candidat du Front de gauche avait définitivement changé de catégorie ; quitté celle de simple outsider pour accéder à celle, inenvisageable il y a encore quelques semaines, de challenger des favoris.

Un tour de force de plus pour cet ancien du PS qui n’en finit pas de surprendre. A commencer par sa capacité à susciter l’engouement autour d’une gauche que l’on croyait tombée en désuétude et en qui personne n’aurait pu imaginer voir un concurrent sérieux. Encore moins une menace. Ce qu’elle est pourtant devenue en grimpant dans les sondages jusqu’à avoisiner les 12 % d’intentions de vote. Quant à son porte-drapeau, l’époque où il se contentait de faire lever les têtes et où commentateurs et analystes s’accordaient à juger son style “rafraîchissant” dans une campagne trop monocorde est bel et bien dépassée. L’homme a fini d’amuser pour inquiéter. Surtout lorsqu’il fait fi des appels pourtant de plus en plus pressants au vote utile, qu’il ne veut pas entendre parler de ralliement et qu’il n’hésite pas à tacler le grand frère du PS.

A l’origine du phénomène, plusieurs éléments d’explication. Parmi eux : le boulevard idéologique que lui a ouvert son ancien parti en s’embourgeoisant progressivement, sa capacité à convaincre en alliant symboles forts et promesses concrètes et, surtout, son aptitude à user de ressorts qui, chez nous, marchent à tous les coups. Ceux de la révolte.

Le son et l’image
Spécialiste du langage et de la communication politique, Christian Gambotti explique : “En devenant un parti réformiste, le PS a cessé d’être celui des classes populaires. Jean-Luc Mélenchon s’est engouffré dans cet espace laissé vacant par un parti qui a cessé d’être révolutionnaire dès l’arrivée de Mitterrand au pouvoir.” Comment ? Au moyen d’une parfaite maîtrise de l’image et, à travers elle, des symboles.

Dans le discours et sa rhétorique du soulèvement d’abord – du slogan de campagne “La France, belle et rebelle” à l’emphase du18 mars – “Nous voici de retour, le peuple des révolutions !” – en passant par la promesse de mettre fin “aux privilèges du capital” et de secouer le “poids de l’oppression”, difficile d’en ignorer les accents robespierriens. Mais aussi dans cette multitude de détails qui, de la cravate rouge au poing levé en passant par l’Internationale et le choix de points d’ancrage historiques forts (la Bastille le jour anniversaire de la création de la Commune, qui dit mieux ?), furent tous pensés pour marquer les esprits et appuyer l’offre du candidat sur un véritable marketing révolutionnaire. Objectif, selon Christian Gambotti : “Frapper l’imaginaire collectif en occupant un espace insurrectionnel déserté par le PS et y bâtir une image romantique du soulèvement populaire.”

Un portrait flatteur, on l’aura compris, qui permet de faire oublier non seulement les exactions des communards pour n’en retenir que l’idéal égalitaire, mais aussi la réalité d’un programme qui, toujours selon Christian Gambotti, “s’inscrit dans une mouvance marxiste à peine édulcorée puisqu’elle vise à nationaliser à tour de bras, à interdire les licenciements, etc.”. Programme pas très éloigné, finalement, de la révolution prolétarienne promise par Nathalie Arthaud si ce n’est, et c’est là toute la différence, que c’est d’“insurrection civique” dont il est question. Une terminologie soigneusement choisie en raison de sa capacité à susciter l’adhésion dans un pays réputé pour son goût de la protestation et son attachement à “l’idéal révolutionnaire”. Bien vu.

L’empathie révolutionnaire
Reste que cet idéal, même brillamment mis en scène, n’aurait jamais suscité une telle ferveur populaire s’il n’avait été porté par ce que l’expert en communication politique appelle “une figure exemplaire” ; conforme, autrement dit, aux référents collectifs et, par conséquent, crédible. “C’est là que l’on voit à quel point cette figure de révolté conforme à l’imagerie populaire et à ses symboles est efficace, explique-t-il. Elle a permis de faire passer à 11,5 % d’intentions de vote un programme d’inspiration marxiste qui, sans le charisme de Mélenchon, n’aurait jamais dépassé les 2 %. Le personnage qu’il s’est bâti et qui repose de toute évidence sur de réelles convictions lui a permis de susciter l’adhésion autour d’un programme qui, en réalité, ne fait plus rêver personne.”

Charisme, posture de tribun mais aussi références historiques et politiques, sens de la rhétorique et de la formule, tout est là. Et surtout, rien n’a été laissé au hasard : le regard d’acier qui porte au loin, le front soucieux du grand homme pour qui l’Histoire est en marche, le dos droit du leader, et juste ce qu’il faut d’agressivité pour accentuer le message. Le personnage est convaincant, crédible. Il a tout d’une icône révolutionnaire. Résultat, il devient le porte-parole idéal. Celui qui, contrairement aux ténors de cette élection, ne se contente pas de marteler un discours mais l’incarne. Ce qu’il fait lorsqu’il déclare : “Je suis le peuple en marche, la voix de la majorité”, mais aussi lorsqu’il se fait le porte-voix d’une population précise, identifiée par sa colère et sa souffrance, en lançant : “Nous sommes le cri des ouvrières et ouvriers méprisés, humiliés, abandonnés. Celui de la femme qui met un enfant au monde dans un lieu de rétention, celui de l’enfant qui n’a pas de toit et pas d’instituteur…”

Une aptitude à personnifier la cause qu’il défend qui rend le candidat du Front de gauche d’autant plus convaincant que, pour cela, il s’appuie sur des symboles forts – aussi utiles que des sous-titres pour clarifier le message et faciliter son assimilation – mais ne s’en contente pas.

Les deux hémisphères du cerveau
Pour capitaliser au mieux sur ce marketing de la révolte dans lequel il excelle, Jean-Luc Mélenchon propose aussi des réponses claires aux inquiétudes du moment. Sous la forme de mesures radicales, certes, mais surtout extrêmement concrètes – je nationaliserai les banques, j’interdirai les licenciements, je sortirai de la Ve République… Ce qui accroît encore son pouvoir de conviction en lui permettant de s’adresser aussi bien au cerveau droit qu’au gauche ; d’en appeler à l’émotion autant qu’à la raison et, ainsi, de donner à la fois à voir et à rêver. “Cette particularité lui permet d’être entendu aussi bien par les ouvriers que par les intellectuels de gauche, souligne Christian Gambotti. Si bien que ce qui, chez un Poutou ou une Arthaud, reste une posture d’extrême gauche devient chez Mélenchon une possibilité d’accéder au pouvoir.”

Autant de spécificités du personnage qui, pour lui, justifient amplement de l’envisager en adversaire sérieux. A gauche comme à droite où, finalement, aucun des grands candidats ne dispose de ses atouts. Ni image forte – trop nuancés -, ni propositions simples et concrètes – tous deux leur préférant souvent “l’abstraction des grandes idées” –, ni rêve idéologique sur lequel s’appuyer. “Le PS et l’UMP ne parviennent pas à susciter la même ferveur parce que leurs différences, à la marge, ne leur permettent pas de se bâtir une image nette et tranchée, résume Christian Gambotti. Quant aux rêves que leurs candidats sont censés porter – social pour l’un, libéral pour l’autre – ils ont cessé de convaincre depuis que les socialistes ont été au pouvoir pour le premier et depuis que la crise a marqué la fin du second.”

De quoi élargir encore le boulevard emprunté par Jean-Luc Mélenchon depuis des semaines. Et nous faire presque croire au Grand Soir pour le 22 avril prochain.


Le Parisien.fr - 09/02/2012 - Mélenchon, roi des meetings - Par Ava DJAMSHIDI


Une entrée en scène digne d'une rock star. La voix s'envole, portée par les salves d’applaudissements et les drapeaux qui flottent. Il est 21 h 30 à Montpellier quand Jean-Luc Mélenchon monte enfin à la tribune après avoir fendu la foule. Devant le candidat du Front de gauche à la présidentielle, 9 000 personnes.
Photo : Franck VALENTIN

« Il est en phase avec la mauvaise humeur du pays »Le ton monte entre le Front de gauche et le Front national Presque autant que les 10 000, la veille, au meeting de Villeurbanne (Rhône). Ces « invisibles », comme il les désigne au fil de ses discours, qui sont-ils ? Des gens de gauche, assurément. Des Français issus des classes moyennes et populaires, surtout. Mais pas seulement…
Fans de la première heure, Marie-Jo Suarez et Myriam Aufranc, deux adhérentes du Parti de gauche, ont pris leurs précautions. Dès la fin de l'après-midi, les deux femmes avaient réservé leurs places au premier rang. « Il n'y a que lui qui peut nous sortir de la mélasse », s'emballe Marie-Jo, retraitée, qui plisse les yeux de plaisir. « Ecouter Mélenchon, ça me donne de la force. Il me fait penser à Hugo Chavez (NDLR : le président du Venezuela). » « C'est un orateur extraordinaire », renchérit Myriam.
Au fond de la salle, Dominique, 46 ans, sirote un thé à la menthe. Venu du Vigan (Gard), à 70 km de là, cet enseignant s'est fait un devoir de « découvrir le programme et surtout de s'imprégner de l'ambiance euphorisante » du meeting. Lui n'aime pas trop le côté « bête de scène » de l'eurodéputé. « Elles me dérangent presque, ses manières théâtrales. Mais je suis en phase avec ses idées socialistes. »
Signe distinctif des militants pur sucre : une écharpe ou un foulard rouge-sang. Au milieu des chevelures grisonnantes, des familles et beaucoup de jeunes aussi, sympathisants ou simples curieux, comme Eloïse, 22 ans. Fin avril, l'étudiante en théologie votera pour la première fois, alors elle l’écoute attentivement. « C'est sérieux. J'ai envie de prendre le temps de réfléchir. Et de me forger une identité politique. » Sarah, médiatrice culturelle de 25 ans, sait déjà qu'elle votera pour l'ancien socialiste, dont elle a lu le programme. « Quand il parle des précaires, ça me parle. C'est le seul à le faire », sourit-elle avant d'égrener les modalités de son « contrat d'aide à l'embauche », qui lui rapporte 720 € par mois pour vingt heures de travail hebdomadaire. « Entre la Caisse d’allocations familiales et le revenu de solidarité active, je bidouille », soupire-t-elle. A deux pas de là, Thomas, 36 ans, confie « avoir toujours galéré », de RMI en RSA. « Le mépris de classe, je le vis au quotidien. Alors quand il parle des invisibles, je me sens concerné », soupire le père de famille aux baskets bariolées. Plus loin, Alain, cadre dans les télécommunications et Rose, commerçante, n'ont pas vraiment de problème de pouvoir d'achat. « Même si on gagne bien notre vie, on est aussi des travailleurs », lâche Rose, qui apprécie aussi le show : « Vu qu’il est descendu de Paris, on n'allait quand même pas rester devant la télé ! Il y a le côté spectacle aussi ! » avoue-t-elle en souriant.
Elle n’est visiblement pas la seule. Succès oblige, le Front de gauche doit désormais revoir à la hausse la taille des salles où Mélenchon doit tenir meeting. Après avoir réservé une salle de 2 500 personnes à Limoges pour le 4 avril, c’est finalement le Zénith et sa capacité de 6 000 places qui a été choisi.



Europe 1 - 06/02/2012 - L'appel de Mélenchon sur le web - Par Catherine BOULLAY



Le Front de gauche a mis en ligne 3 clips pour renflouer ses caisses de campagne.

La musique est entraînante, le montage amateur... Pour renflouer ses caisses en vue de la campagne présidentielle, le Front de gauche lance un appel aux dons sur le net. La coalition, qui soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon, met en ligne lundi trois vidéos, que vous révèle Europe 1.

Sur les accords du guitariste Django Reinhardt, les vidéos rassemblent pêle-mêle les soupçons qui pèsent sur le financement de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, l'affaire Bettencourt ou encore les voyages de Nicolas Sarkozy... "Une dizaine de déplacements au mois de novembre, ce n'est plus le président mais le candidat qui se déplace", dénonce une des vidéos.


Comment financer une campagne présidentielle ?

Si les idées sont parfois confuses, le message est clair : au Front de gauche on ne triche pas.

Une vidéo réalisée avec trucage :




500.000€ pour des salles de meeting plus grandes

Avec cet appel aux dons, Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche, vise une rallonge de 500.000 euros. Le parti espère notamment pouvoir ainsi financer la location de salles de plus en plus grandes pour les meeting de campagne.

Les différentes façons de financer une campagne, selon le Parti de Gauche :


Le Front de gauche s'est même préparé à l'éventualité de ne pas atteindre l'objectif. Un plan B est déjà prêt : Jean-Luc Mélenchon pourrait tenir certains meetings parisiens en plein air, et pourquoi pas sur la place de la Bastille.

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Le Monde - 10/02/2012 - Qui vote Mélenchon ? - Par Raphaëlle BESSE DEMOULIERES


Plutôt des hommes, âgés de plus de 50 ans, habitant la région parisienne et travaillant dans la fonction publique. C'est ce qui ressort d'un sondage en ligne réalisé par l'Ifop pour L'Humanité et publiée le 10 février dans les colonnes du journal.

Dans le détail, le sondage montre que ce sont surtout les professions intermédiaires de la fonction publique, celles de la santé et du travail social qui seraient le plus séduits par le discours de Jean-Luc Mélenchon (14 %). Sa moyenne nationale est à 8 %. Dans le privé, le candidat réaliserait aussi d'assez bons scores chez les professions administratives, les techniciens, les contremaîtres  (11 %).Pour Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'Ifop, "ce qu'il y a de nouveau, c'est l'entrée en force du vote Mélenchon dans la France active , que Besancenot avait su percer en 2002 et 2007". L'eurodéputé ne laisserait pas non plus indifférents les ouvriers, particulièrement courtisés par le candidat du Front de gauche, avec des scores supérieurs d'un à deux points par rapport à sa moyenne nationale.

" Ca montre que la mayonnaise prend !"

Le sondage montre également une moindre popularité parmi les jeunes où son score resterait inférieur à la moyenne de deux poins chez les moins de 34 ans. "Il y a une vraie continuité entre le vote traditionnel communiste - masculin et âgé - et ce vote Mélenchon. Son score chez les jeunes n'est pas ridicule non plus, il n'est pas à 2 %. En 1981, le premier candidat chez les jeunes, c'était Georges Marchais", constate Frédéric Dabi avant d'ajouter : "Je suis frappé par l'homogénéité relative chez ces segments générationnels. Ca montre que la mayonnaise prend !"

"Jean-Luc Mélenchon a réussi son OPA sur la gauche radicale", analyse enfin le directeur adjoint de l'Ifop. Le sondage montre en effet que les électeurs de 2007 de Besancenot (NPA, ex LCR) se reporteraient à 38 % sur sa candidature, ceux d'Arlette Laguiller (LO) à 22 % et ceux de José Bové et Dominique Voynet (Verts) à 18 %. Sans surprise, ceux de Marie-George Buffet, la candidate communiste de 2007, se reporterait à 74 % sur celui qui est aujourd'hui le candidat commun. A noter également que M. Mélenchon pourraient séduire des électeurs de Ségolène Royal, qui se reporteraient à 7 % sur sa candidature.

Ce sondage a été réalisé du 9 janvier au 3 février 2012 via des questionnaires auto-administrés en ligne (CAWI) sur un échantillon de 6 483 personnes âgées de 18 ans et plus par la méthode des quotas.
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