Jacques Cheminade : le candidat
Qui est Jacques Cheminade
Objet politique non identifié
Le Parisien.fr - 21/03/2012 - Qui est Jacques Cheminade ? - Par Nathalie Segaunes
Ses premières déclarations de candidat à la présidentielle l’ont élevé, d’emblée, à un niveau… olympique! Réagissant à la tuerie de Toulouse, hier sur Canal +, Jacques Cheminade a lancé : « Très souvent, ces meurtres de masse sont associés à des jeux vidéo violents. » Soit exactement la même analyse que celle postée sur Twitter par la nageuse Laure Manaudou qui vient de se qualifier pour les Jeux de Londres.
SUR LE MÊME SUJET
Présidentielle : Cheminade s'attaque à la fortune de la reine d'Angleterre
Le candidat surprise de l’élection présidentielle, qui bénéficie désormais du même temps de parole que Nicolas Sarkozy et François Hollande sur les écrans et les ondes, n’a certainement pas fini de détonner dans le paysage.
Cet ancien haut fonctionnaire des Finances est une curiosité récurrente de la vie politique française : il resurgit à chaque élection. En 1978, déjà, il obtient 0,12 % des voix aux élections l égis- latives dans la 25e circonscription de Paris. Trois ans plus tard, il rêve de la présidentielle, mais n’obtient pas les 500 signatures et appelle à voter pour Valéry Giscard d’Estaing. En 1988, nouvelle tentative, même échec. Le miracle finit par se produire en 1995 : Cheminade rassemble enfin 556 signatures de maires. Certains d’entre eux se plaindront ensuite de s’être « fait avoir ». Il ne récolte que 84959 voix, soit 0,27% des suffrages. Plus embêtant : six mois après le scrutin, ses comptes sont invalidés par le Conseil constitutionnel, une première à l’époque! Cheminade est alors tenu de rembourser un million de francs. Une ardoise qu’il doit encore aujourd’hui à l’Etat.
En 2002, il ne parvient pas à réunir les 500 parrainages. Mais cet obstiné persévère et présente deux ans plus tard une liste aux européennes en Ile-de-France (0,11% des voix). En 2007, il échoue de nouveau dans sa quête de signatures et appelle à voter pour Ségolène Royal. Le 18 juin 2010, quand celui qui se décrit aujourd’hui comme un « gaulliste de gauche » annonce sa candidature à la présidentielle de 2012, personne n’y croit. Mais sur le terrain, une centaine de militants dévoués démarchent les petits maires et réalisent l’exploit. Le 8 mars, Cheminade se paye le luxe d’être le premier à déposer ses parrainages au Conseil constitutionnel et lance sa campagne en fanfare : « La politique d’Obama, c’est une politique […] de Wall Street, déclare-t-il le lendemain sur France Inter. Et ces mêmes milieux de Wall Street […] ont mis le pied à l’étrier d’Hitler en Allemagne. Donc, on retrouve cette même tendance. »
A 70 ans, le serpent de mer Cheminade reste une énigme. Cet énarque change de trajectoire au milieu des années 1970 sous l’influence de Lyndon LaRouche, homme politique américain rencontré à New York. Ancien trotskiste, LaRouche, connu pour ses diatribes conspirationnistes, négationnistes ou homophobes, est désormais classé à l’extrême droite. Cheminade, depuis 1981, est son relais en France. L’UNADFI (Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu) estime que son parti, Solidarité et Progrès, a un « comportement sectaire » dans ses méthodes de recrutement destinées aux étudiants, ainsi que dans son fonctionnement interne. Dans son rapport de 2005, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Milivudes) écrit que « les étudiants constituent une cible privilégiée pour ce parti ».
Cheminade, obsédé par le monde anglo-saxon et « l’oligarchie financière de la City et de Wall Street », préconise notamment une « industrialisation de la Lune » et l’exploration de Mars pour « y créer nous-mêmes les conditions d’une vie possible », grâce à la « fusion thermonucléaire ». Afin d’y créer, à n’en pas douter, le meilleur des mondes.
Libération - 08/03/2012 - Jacques Cheminade: objet politique non identifié - Par Jonathan BOUCHET-PETERSEN
Et de deux. Après Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière, Jacques Cheminade est le deuxième candidat à l'élection présidentielle à avoir déposé ses parrainages au Conseil constitutionnel. Le leader du parti Solidarité et Progrès totalise 538 parrainages qui devraient donc lui permettre de concourir au premier tour le 22 avril.
Mais qui est donc ce candidat inconnu du grand public, qui avait déjà obtenu 0,28% en 1995? Et comment cet ancien haut fonctionnaire de 70 ans, né en Argentine, a-t-il réussi à réunir les signatures nécessaires à une candidature présidentielle quand tant d'autres s'y cassent les dents, alors qu'il avait échoué en 1981, 2002 et 2007?
Interrogé par l'AFP, l'entourage de Jacques Cheminade explique: «On est sur le terrain depuis des mois et des mois et quand on a commencé, il n'y avait que nous, les gens de Lutte ouvrière, et un peu ceux de (Nicolas) Dupont-Aignan.» Un membre de l'équipe de campagne de François Hollande fait une lecture plus subtile en affirmant que «pour de petits maires indépendants, donner leur parrainage à Cheminade est un moyen confortable ne pas subir les demandes d'autres démarcheurs sans s'exposer aux reproches de leurs administrés». Des administrés qui, comme la majorité des français, ne savent souvent pas le moins du monde qui il est.
Diplômé de HEC et de l'ENA, Jacques Cheminade se pose depuis des années en pourfendeur de l'«oligarchie financière» au pouvoir. Déjà, en 1995, l'atypique candidat dénonçait le «cancer financier qui ronge et détruit tout», considérant que ce sujet devait être «le premier sujet politique, celui qui devrait être en tête chez tous les candidats». Et Cheminade de prédire à l'époque «une période grave, tragique pour l'histoire du monde et de l'Europe» dans «les deux ou trois prochaines années». Faisant de la «dictature financière» la cause principale du chômage, il mettait en garde dans sa profession de foi: «Quiconque n'attaque pas d'abord cet ennemi condamne son pays à l'impuissance, lui laisse perdre son âme et le livre aux idéologies du sol, du sang et de la race.» Pour l'édition 2012 de la présidentielle, son livre-projet Un monde sans la City ni Wall Street déroule le même fil.
1995-2012: le combat de Jacques Cheminade contre... par Cheminade2012
Se plonger dans le luxuriant programme de Jacques Cheminade, c'est tomber sur des propositions qui pourraient avoir leur place dans celui du PS ou du Front de gauche, comme mettre fin à «l'économie casino», séparer au niveau mondial «les banques de dépôt et de crédit des banques d'affaires» (le fameux Glass Steagall Act), ou mettre en place un «système de crédit public finançant de grands projets de développement mutuel».
Une atmosphère artificielle sur Mars
Mais c'est aussi découvrir des projets beaucoup plus originaux et même farfelus, au moins en apparence. Florilège: accélérer les programmes d'exploitation et d'industrialisation lunaire, créer une atmosphère artificielle sur Mars et un pont terrestre eurasiatique de l'Atlantique à la mer de Chine, mais aussi orienter l'effort scientifique vers les armes à bouffées éléctromagnétiques, enseigner l'astrophysique (qui permet de voir et de comprendre au-delà de la «banlieue Terre»), autonomiser les établissements scolaires sous forme de «Républiques en petit», et apprendre dès la maternelle le «chant choral» ou remettre la langue de Villon et de Rabelais au poste de commande dans l'enseignement.
Sur le site de Solidarité et Progrès, les écrits de l'Américain Lyndon LaRouche, mentor de Jacques Cheminade, figurent en bonne place. Ce milliardaire de 91 ans condamné pour escroquerie est fasciné par la fin du monde et martèle depuis des années qu'une «crise de désintégration» va toucher les Etats-Unis et l'Europe en nous ramenant à «un nouvel âge des ténèbres comme au Moyen-âge». Sept fois candidat à l’investiture du parti démocrate pour l'élection présidentielle, sans succès, LaRouche peut néanmoins compter sur sa femme, Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l'Institut Schiller, qui s'est fixée pour mission de faire connaître la pensée de son mari en Allemagne. Elle-même a été candidate à la chancellerie allemande, sans plus de succès. Ayant fait de Barack Obama son ennemi absolu, LaRouche n'hésite pas à comparer l'actuel président américain à Hitler
lus que son programme, ce qui interroge, c'est la nature même de l'organisation Solidarité et Progrès, qui garde secrète l'adresse du QG de campagne de Jacques Cheminade et ne revendique qu'une cinquantaine de militants plus que dévoués. A Paris, notamment, il n'est pas rare de les croiser devant des universités ou devant certaines bouches de métro, de grandes pancartes dans le dos. Jusque-là, rien de bien original. Mais régulièrement, le parti est accusé de dérive sectaire par des parents de militants dénonçant les méthodes d'embrigadement du parti et une doctrine construite autour de l'idée de sauver le monde. Des accusations réitérées dans le dernier numéro de Complèment d'enquête sur France 2.
Interrogé par la radio Le Mouv, le secrétaire général de la Miviludes (Mission de vigilance interministérielle de lutte contre les dérives sectaire), Hervé Machi, refuse de faire de Solidarité et Progrès un parti en pleine dérive sectaire: «C'est un dossier qui pour nous n'est pas vivant», explique-t-il tout en confirmant des signalements dont les derniers reçus «remontent à cinq ou six ans». Et même si «les personnes à l'origine de ces signalements avaient été reçues», leurs témoignages «n'ont pas débouché sur une saisine de l'autorité judiciaire, sans doute parce que la Miviludes a considéré à l'époque que les critères de la dérive sectaire n'étaient pas caractérisés».
Autre polémique, moins déterminante, qui colle aux basques de Cheminade, l'invalidation par le Conseil constitutionnel de ses comptes de campagne en 1995. Interrogé à ce sujet le 4 mai 2011 dans l'émission Face aux Français sur France 2, Roland Dumas, président du Conseil constitutionnel d'alors, a considéré que «Jacques Cheminade était plutôt maladroit» tandis que «les autres étaient adroits». Les autres, ce sont Edouard Balladur et Jacques Chirac. De cette mésaventure, Cheminade reste d'ailleurs redevable d'une ardoise d'environ 152000 euros (un million de francs à l'époque, ndr) auxquels se sont ajoutés depuis 1995 des pénalités et des intérêts d'un montant de 20000 euros. Une dette qui ne l'empêche pas d'être de nouveau candidat.
Accès à l'article et aux vidéos