François Bayrou : Stratégie et Analyse
Record de popularité
Solidarité
Un appel "anti-sarkozy"
Pourquoi Bayrou plafonne
Bayrou à la recherche d'un nouvel élan
Le recours de la droite
La rigueur +++
Le Figaro - 20/03/2012 - Bayrou atteint des records de popularité
François Bayrou a gagné 5 points de popularité en mars, ce qui lui permet de conforter sa troisième place du tableau de bord Ifop pour Paris-Match publié aujourd'hui, derrière Nicolas Hulot et Jacques Chirac, mais loin devant tous les autres candidats à la présidentielle.
François Bayrou, qui totalise 70% de bonnes opinions, devance largement Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) qui, à la 10e place, enregistre la plus forte progression du mois: 8 points. François Hollande, 13e, cède trois points à 54%. Nicolas Sarkozy, 28e, progresse de 3 points (41%). "Porté par son entrée en campagne, Nicolas Sarkozy (..) atteint ainsi un niveau de popularité qu'il n'avait plus atteint depuis juillet 2011", souligne l'Ifop.
Jean-Marie Le Pen lanterne rouge
Parmi les autres candidats à la présidentielle, Eva Joly (36%) gagne 2 points, Marine Le Pen (34%) un point et Nicolas Dupont-Aignan (27%) deux points. Les autres ne sont pas testés.
En tête du classement, Jacques Chirac (71%, +1 point) cède la première place à Nicolas Hulot (73%, +3). Christine Lagarde (64%) et Alain Juppé (62%) gagnent 2 points, devant Bertrand Delanoë (61%, -1). François Fillon (56%), à la 11e place, gagne 3 points.
Jean-Marie Le Pen est toujours lanterne rouge avec 18% (-1).
Sondage réalisé par téléphone les 15 et 16 mars auprès d'un échantillon de 1.005 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).
Le Parisien.fr - 15/03/2012 - Solidarité, le nouveau thème de Bayrou - Par Martine CHEVALET
Il a esquissé le sujet en recevant cette semaine l’ancien haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch : la France ne se reconstruira pas dans l’individualisme. François Bayrou, qui publie aujourd’hui « la France solidaire » (Plon), rédigé en urgence — deux semaines —, marque un virage dans sa campagne.
Tirant la leçon des sondages qui montrent l’agacement ou le désintérêt des Français face à l’indigence des thèmes de la campagne, et bien conscient que son « ni gauche ni droite » ne suffit pas à faire décoller sa cote, le centriste a présenté hier un « projet de société » basé sur les solidarités. « Après les forums de réflexion et les mesures techniques, il met ses 140 propositions en cohérence et propose une espérance. Il n’y a là-dedans aucune tactique politique ni volonté de mettre un coup de barre à gauche », jure Bernard Lehideux, membre du comité stratégique de campagne. Reste que ce thème de « solidarité » résonne davantage comme un slogan de gauche que de droite. Faut-il voir là, malgré les dénégations de ses proches, un indice dans le choix que devra faire Bayrou lors de l’entre-deux tours de la présidentielle?
Il a relu les écrits de De Gaulle
En attendant, il y a nécessité de rebond pour le candidat MoDem! Entre deux salves contre les sondages et leurs commanditaires — sujet déjà manié en 2007 —, François Bayrou a donc choisi d’adoucir son discours aride sur les déficits publics. « Il faut parler autrement des problèmes quotidiens des Français, le faire dans la perspective d’une refondation de la société », estime l’eurodéputé MoDem Robert Rochefort. L’ancien sociologue admet que Bayrou a voulu remuscler son discours : « C’est un peu quitte ou double. Il tire la campagne vers le haut, au risque d’apparaître plus comme un penseur qu’un acteur de la société. »
Selon ses proches, Bayrou, qui a beaucoup relu ces derniers temps les écrits du général de Gaulle, a voulu injecter dans les débats « une certaine idée de la France », loin des querelles sur la viande halal. « Il réactualise son christianisme social en se décalant des mesures budgétaires un peu froides qui forment son empreinte depuis son entrée en campagne », précise Rochefort. Pour jouer sa carte, Bayrou veut aussi se démarquer des candidats Hollande et Sarkozy, qui désignent l’un le capitalisme mondialisé et l’autre l’Europe comme raisons à la crise. Et puis « cette phase est le reflet de ses rencontres dans les banlieues avec des associations caritatives, des salariés. C’est la réalité de ce qu’on lui dit qui a infusé », explique Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint du MoDem.
Le Parisien.fr - 11/02/2012 - François Bayrou lance «un appel» anti-Sarkozy - Par MP
Très applaudi samedi après-midi en meeting à Paris, François Bayrou a lancé un appel à tous «les humanistes», de gauche comme de droite, à s'allier contre les propositions de Nicolas Sarkozy. Depuis l'annonce de la feuille de route très à droite du Président de la République dans le Figaro Magazine paru ce samedi, l'opposition est vent debout contre «la droitisation du discours» du «presque candidat UMP» en ciblant notamment son idée de référendum sur les étrangers et les chômeurs.
En début de discours, à la maison de la chimie, François Bayrou a proposé de prendre la tête de la riposte. «J'affirme qu'aucun des hommes et des femmes du centre, ou qui ont eu les convictions du centre, même s'ils sont passés à l'UMP, ne peut accepter cela. Aucun d'entre eux ne doit se taire. J'affirme que la droite républicaine française, pas plus que la gauche, ne peuvent l'accepter», a lancé François Bayrou, citant l'héritage de Jacques Chaban-Delmas et du général De Gaulle.
Le candidat centriste s'en est pris très vivement à cette droite qui vise « l'électorat de l'extrême droite, le grand grenier voix ». «Le moment est venu de dire stop, ça suffit nous n'irons pas dans cette direction».
Vendredi, c'est l'ex-cofondateur de l'UMP, Philippe Douste-Blazy, passé dans le camp de Nicolas Sarkozy, qui avait pris position contre ce qu'il nomme la «dérive droitière» de Nicolas Sarkozy. «Avec un positionnement comme celui-là, je ne vois pas comment un centriste, un humaniste, un démocrate social peut voter pour Nicolas Sarkozy. C'est aux antipodes de nos valeurs.»
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Le Nouvel observateur - 07/02/2012 - Sondages : pourquoi Bayrou plafonne - Par Philippe CRIQUI
La stagnation dans les sondages de François Bayrou s'explique par ses choix stratégiques de campagne.
Après un départ en campagne en fanfare, François Bayrou marque le pas. Il stagne autour de 12% dans les intentions de vote en dépit de la présentation de son programme. Résultat d’un déplacement stratégique qui ne porte pas ses fruits.
L’équation à plusieurs inconnues de François Bayrou, il est vrai, n’est pas simple à résoudre. Il doit récupérer ses électeurs, élargir son espace politique, dépasser son plafond de 2007 et se préparer à toutes les hypothèses de second tour. Or François Bayrou est agrégé de lettres, pas de mathématiques.
Lire Marx
Le capital comme valeur cardinale. La façon dont François Bayrou a soudainement doublé son capital électoral lors de son entrée en campagne (de 7% à 15% d’intentions de vote entre début et mi-décembre) s’explique aisément. En se réaffirmant comme le candidat de l’extrême-centre, il a ouvert le réfrigérateur resté porte close depuis 2007. Il a fait revenir à lui ses électeurs restés au frais. Avant le lancement de sa campagne, il ne rassemblait qu’environ 30% de ses anciens soutiens de la dernière présidentielle. Mi-décembre, il avait provoqué le retour au bercail de presque 60% d’entre eux. Son capital comme fruit de son premier travail.
Lire l'Ecclésiaste
La vanité comme stratégie. Au centre de l’attention, l’ivresse de sa progression a insufflé à François Bayrou l’audace d’aller concurrencer Nicolas Sarkozy comme possible candidat alternatif de droite. Avec le ralliement de poids-plume du centre, il a donné l’impression de ressusciter l’ancienne UDF. Enfin, par un coup de coude habile et cruel, François Hollande lui a courtoisement fermé la porte d’une éventuelle alliance à gauche entre les deux tours et l’a repoussé vers son centre de gravité d’origine. Aujourd’hui, une part de ses anciens électeurs de centre gauche restent fidèles à François Hollande (environ un sur cinq) et François Bayrou ne rassemble guère plus que 40% de ses anciens électeurs. Vanité des vanités.
Lire La Fontaine
Le Figaro - 13/02/2012 - Bayrou à la recherche d'un nouvel élan - Par Rodolphe GEISLER
Face aux «valeurs» de Nicolas Sarkozy, le candidat centriste lance un appel aux «républicains et humanistes». Il estime par ailleurs que si Marine Le Pen n'a pas ses signatures, «les dirigeants des grands courants démocratiques devront en discuter».
Pour peu, les amis de François Bayrou, qui stagne dans les sondages entre 11 et 14% d'intentions de vote, en arriveraient presque à remercier le chef de l'État. «Après l'interview de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro Magazine, les Français vont se rendre compte que, pour la présidentielle, ils auront le choix entre une société à l'américaine, de plus en plus dure avec les plus faibles d'entre eux, et une société humaniste à l'image de la France de toujours», veut croire un cadre centriste, qui y voit là une occasion de redonner «un nouveau souffle» à son candidat. «Au cynisme électoraliste de Sarkozy, Bayrou répond par des valeurs humanistes», assure encore Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint du MoDem.
Bayrou, lui-même, a visiblement bien senti tout le parti qu'il pourrait tirer des «valeurs» exprimées par Sarkozy dans son interview au Figaro Magazine de ce week-end. Hasard de calendrier: ce samedi, le candidat centriste tenait à Paris le troisième forum de son «agenda 2012-2020» consacré, cette fois, à «la solidarité». L'occasion de profiter d'une tribune.
Pour le chef centriste, le ton de la campagne est désormais donné: ce sera «valeurs contre valeurs». Et 2012, «un choix de civilisation», a-t-il lancé, en clin d'œil aux récentes déclarations du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant. Très en verve, renouant avec le ton cinglant de son livre Abus de pouvoir, publié en 2009, Bayrou s'est livré à une charge sans concession contre le chef de l'État. «Ce que Nicolas Sarkozy présente comme valeurs, c'est la négation de valeurs qui sont celles de la France.»
Pari audacieux
Pour le centriste, l'idée avancée par le probable candidat de l'UMP d'un référendum sur les droits des chômeurs est «indigne». Il l'assure: «Une société se juge au traitement qu'elle réserve aux plus faibles de ses membres.» Dans l'assistance, plusieurs centaines de participants venus assister au forum applaudissent. «Or, l'idée, pour gagner des voix, d'un référendum organisé sur les droits des chômeurs, c'est la négation de ce qu'un chef d'État doit à un pays comme la France.» Et le candidat du «produire en France» d'insister: «Ce ne sont pas les chômeurs qui sont responsables du chômage: ce sont les gouvernants…» Surtout, derrière ce référendum, Bayrou voit du cynisme: «Qu'y a-t-il derrière cette orientation? Il y a l'idée que c'est l'électorat d'extrême droite qui constitue le grand grenier à voix. Il y a que c'est en jouant de cette corde - «les chômeurs ne foutent rien…», et les étrangers, voilà la question» - que l'on peut puiser dans cet électorat…»
Le discours est long. Les attaques contre les valeurs du chef de l'État nombreuses. Ce samedi, François Bayrou ne s'y est pas trompé: il a totalement ignoré François Hollande, dont il a déjà estimé que «le programme est irresponsable», pour se concentrer sur Nicolas Sarkozy. Le pari est audacieux, mais le rêve du chef centriste est bien de se retrouver au second tour face au candidat socialiste. L'entourage de Bayrou fait en effet valoir des «sondages secrets», où, en cas de duel «entre les deux François», les scores seraient serrés. «Très serrés…», assure-t-on.
Quatrième position
Problème: pour cela, il faudrait à Bayrou passer le premier tour. Or, dans les sondages, le candidat centriste reste pour l'heure en quatrième position, à plus de dix points derrière Sarkozy. Certes, cette semaine, d'anciens cadres RPR, comme Florent Longuépée, l'ont bien rejoint. Mais Bayrou reste loin du compte.
D'où, peut-être, cette nouvelle montée en puissance contre le chef de l'État sortant: Le moment est venu de lancer un appel: je le dis à tous ceux, au centre, dans la majorité ou dans l'opposition, aux Français qui ont une certaine idée de la France, qui sont des républicains et des humanistes, qu'il y a des choses qu'on n'a pas le droit de laisser faire ou dire. Il est des moments où la politique s'arrête et où commence l'essentiel: la défense d'un monde qu'on veut transmettre aux enfants!» Et de lancer depuis son pupitre: «C'est assez, ça suffit. Stop!»
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La force de la fable. François Bayrou doit reconstituer ses forces pour retrouver son niveau de 2007, préalable nécessaire mais pas suffisant pour viser le second tour. Il doit percer son plafond et se créer un espace. En clair, il doit bouger les murs, car le total de voix exprimées ne dépasse jamais les 100%. Mais avant de se faire plus grosse que le bœuf, la grenouille a tout intérêt à être solide. Or aujourd’hui, l’électorat de François Bayrou est le plus fragile de tous. 60% de ceux qui ont l’intention de voter pour lui déclarent qu’ils pourraient changer d’avis. A l’inverse, la majorité des autres électorats est solide : plus de 70% les électeurs de François Hollande et Nicolas Sarkozy et près des deux tiers de ceux de Marine Le Pen se disent sûrs de leur décision. François Bayrou sait ce qu’il peut perdre ; mais il ne sait pas où il peut gagner.
La lecture erronée.
Le choix du glissement stratégique vers le centre droit résulte d’une mauvaise lecture de la situation de Nicolas Sarkozy. Le président sortant est peut être affaibli politiquement, mais il ne baisse pas électoralement. Sa situation est stable. Impopulaire dans le pays, il dispose toutefois d’un noyau dur d’environ 25% de l’électorat. Nicolas Sarkozy étant bas, il est difficile de lui mordre les mollets. Ses électeurs ne sont pas les plus nombreux, mais ils sont déterminés. De fait, François Bayrou n’attire guère plus de 10% des électeurs de 2007 de Nicolas Sarkozy. Ceux là ne croient pas à une alternative au centre.
Par conséquent, François Bayrou est condamné à une drôle de campagne à contre-emploi. Il fixe les électeurs du centre-droit les empêchant de rejoindre l’opposition, ce qui sert Nicolas Sarkozy. Et il offre à Hollande de bons reports au second tour, ce qui facilite le travail du candidat de gauche. Un peu le contraire d’une stratégie gagnante.
Le Figaro.fr - 13/02/2012 - Bayrou à la recherche d'un nouvel élan - Par Rodolphe GEISLER
Face aux «valeurs» de Nicolas Sarkozy, le candidat centriste lance un appel aux «républicains et humanistes». Il estime par ailleurs que si Marine Le Pen n'a pas ses signatures, «les dirigeants des grands courants démocratiques devront en discuter».
Pour peu, les amis de François Bayrou, qui stagne dans les sondages entre 11 et 14% d'intentions de vote, en arriveraient presque à remercier le chef de l'État. «Après l'interview de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro Magazine, les Français vont se rendre compte que, pour la présidentielle, ils auront le choix entre une société à l'américaine, de plus en plus dure avec les plus faibles d'entre eux, et une société humaniste à l'image de la France de toujours», veut croire un cadre centriste, qui y voit là une occasion de redonner «un nouveau souffle» à son candidat. «Au cynisme électoraliste de Sarkozy, Bayrou répond par des valeurs humanistes», assure encore Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint du MoDem.
Bayrou, lui-même, a visiblement bien senti tout le parti qu'il pourrait tirer des «valeurs» exprimées par Sarkozy dans son interview au Figaro Magazine de ce week-end. Hasard de calendrier: ce samedi, le candidat centriste tenait à Paris le troisième forum de son «agenda 2012-2020» consacré, cette fois, à «la solidarité». L'occasion de profiter d'une tribune.
Pour le chef centriste, le ton de la campagne est désormais donné: ce sera «valeurs contre valeurs». Et 2012, «un choix de civilisation», a-t-il lancé, en clin d'œil aux récentes déclarations du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant. Très en verve, renouant avec le ton cinglant de son livre Abus de pouvoir, publié en 2009, Bayrou s'est livré à une charge sans concession contre le chef de l'État. «Ce que Nicolas Sarkozy présente comme valeurs, c'est la négation de valeurs qui sont celles de la France.»
Pari audacieux
Pour le centriste, l'idée avancée par le probable candidat de l'UMP d'un référendum sur les droits des chômeurs est «indigne». Il l'assure: «Une société se juge au traitement qu'elle réserve aux plus faibles de ses membres.» Dans l'assistance, plusieurs centaines de participants venus assister au forum applaudissent. «Or, l'idée, pour gagner des voix, d'un référendum organisé sur les droits des chômeurs, c'est la négation de ce qu'un chef d'État doit à un pays comme la France.» Et le candidat du «produire en France» d'insister: «Ce ne sont pas les chômeurs qui sont responsables du chômage: ce sont les gouvernants…» Surtout, derrière ce référendum, Bayrou voit du cynisme: «Qu'y a-t-il derrière cette orientation? Il y a l'idée que c'est l'électorat d'extrême droite qui constitue le grand grenier à voix. Il y a que c'est en jouant de cette corde - «les chômeurs ne foutent rien…», et les étrangers, voilà la question» - que l'on peut puiser dans cet électorat…»
Le discours est long. Les attaques contre les valeurs du chef de l'État nombreuses. Ce samedi, François Bayrou ne s'y est pas trompé: il a totalement ignoré François Hollande, dont il a déjà estimé que «le programme est irresponsable», pour se concentrer sur Nicolas Sarkozy. Le pari est audacieux, mais le rêve du chef centriste est bien de se retrouver au second tour face au candidat socialiste. L'entourage de Bayrou fait en effet valoir des «sondages secrets», où, en cas de duel «entre les deux François», les scores seraient serrés. «Très serrés…», assure-t-on.
Quatrième position
Problème: pour cela, il faudrait à Bayrou passer le premier tour. Or, dans les sondages, le candidat centriste reste pour l'heure en quatrième position, à plus de dix points derrière Sarkozy. Certes, cette semaine, d'anciens cadres RPR, comme Florent Longuépée, l'ont bien rejoint. Mais Bayrou reste loin du compte.
D'où, peut-être, cette nouvelle montée en puissance contre le chef de l'État sortant: Le moment est venu de lancer un appel: je le dis à tous ceux, au centre, dans la majorité ou dans l'opposition, aux Français qui ont une certaine idée de la France, qui sont des républicains et des humanistes, qu'il y a des choses qu'on n'a pas le droit de laisser faire ou dire. Il est des moments où la politique s'arrête et où commence l'essentiel: la défense d'un monde qu'on veut transmettre aux enfants!» Et de lancer depuis son pupitre: «C'est assez, ça suffit. Stop!»
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L'Express - 13/02/2012 - Bayrou, le recours de la droite? - Par Gaëtan SUPERTINO
Le candidat du Modem mitraille le président et ses propositions sur les chômeurs et les immigrés. Le centriste, qui stagne dans les sondages, souhaite aussi que Marine Le Pen puisse se présenter. Pour mieux affaiblir Nicolas Sarkozy?
Il est bien décidé à ne pas lui laisser la vedette. Annonce supposée de la candidature, grand meeting de soutien à Marseille... Cela devait être la semaine du candidat Sarkozy. Mais François Bayrou ne compte pas rester assis à le regarder. Il ne compte pas attendre que le chef de l'Etat, deuxième dans les sondages, se décide à simplement provoquer en duel le favori socialiste. Il s'immisce dans la bataille. Et attaque le président sur son flanc gauche.
Samedi lors d'un forum sur le "contrat social", dimanche sur France2, lundi matin sur RTL... François Bayrou mitraille depuis trois jours les propositions du chef de l'Etat, évoquées dans l'interview donnée au Figaro magazine, notamment le référendum sur la fin des indemnisations chômage ou les propos sur les immigrés. "Pour moi, c'est une ligne de combat... Le fait de prendre ainsi ceux qui ont le plus de difficultés et d'en faire des responsables de la crise, d'insinuer que ce sont les responsables, c'est une ligne de fracture (...)", martèle le candidat centriste. "Fracture", "combat", les mots sont sans ambiguïté.
Je me refuse de parler de virage à droite, il y a des valeurs de droite respectables
Il faut dire que François Bayrou arrive à un moment charnière de sa campagne. En moins de deux mois, il est passé de 7% d'intentions de vote à plus de 12%, voire 14% dans les sondages. Mais depuis quelques semaines il stagne. Il subirait même plutôt une "tendance baissière", comme on dit dans le jargon des sondages. Or, après les mesures clairement marquées à droite annoncées par Nicolas Sarkozy, il est logique que le candidat du Modem se saisisse de l'occasion pour tenter d'enrôler les voix des modérés de la majorité.
"Je le dis à tous ceux, au centre, dans la majorité ou dans l'opposition, je dis à tous les Français qui ont une certaine idée de la France, qui sont des républicains et des humanistes, qu'il y a des choses que l'on a pas le droit de laisser faire ou de laisser dire, qu'il y a des directions que l'on a pas le droit de prendre. J'affirme qu'aucun des hommes ou des femmes du centre, même s'ils sont passés à l'UMP, ne peut accepter cela, a-t-il martelé, invitant ainsi tous les déçus du virage à droite de Nicolas Sarkozy à le rejoindre. Je me refuse même à parler d'un virage à droite de Nicolas Sarkozy car il y a des valeurs de droite qui pour moi sont parfaitement honorables et respectables."
"Les déclarations de Nicolas Sarkozy ne font pas changer la campagne. Le produire en France, l'emploi, le chômage... Tout est lié. Mais François Bayrou est obligé de réagir au vu de leur gravité. S'il ne les avait pas prononcées, nous n'aurions pas de raisons de tirer sur le chef de l'Etat", explique à L'Express Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Cher et soutien du centriste.
"C'est la loi de la campagne"
Pour le moment, les réactions restent timides dans la majorité. Après Philippe Douste-Blazy, deux anciens proches de Philippe Seguin, Florent Longuépée et Xavier Jaglin, viennent d'appeler à soutenir Bayrou. Mais l'impact risque d'en être pour le moins limité.
"Que François Bayrou tente ce genre de chose, c'est la loi de la campagne, remarque ainsi l'ancien secrétaire d'Etat Dominique Bussereau, contacté par le JDD. Mais je ne pense pas que cela ait tellement de conséquences." Même scepticisme du Nouveau centre ou des proches de Jean-Louis Borloo: le chef de l'Etat n'a pas franchi la ligne rouge, du moins pas au point de pousser les modérés de la majorité à rejoindre le Modem.
"Ce n'est pas une stratégie électorale, assure Jacqueline Gourault. François Bayrou se bat simplement pour ce qu'il croit. Après, nous espérons bien sur rassembler tous les Français. Nous sommes persuadés qu'à droite, chez les humanistes, chez certains gaullistes, certains anciens du RPR, il y a des personnes qui pensent qu'une telle politique n'est pas possible. Nous espérons simplement qu'ils le disent."
"Bayrou a compris que 70% des Français veulent la présence de Le Pen"
Quoi qu'il en soit, François Bayrou a tout intérêt à insister dans la brèche qu'il a ouverte ce week-end. Car même si les soutiens politiques n'affluent pas, les électeurs, eux, pourraient y être sensibles. "Beaucoup d'études montrent que lorsque Nicolas Sarkozy droitise son discours, cela profite à Le Pen et à Bayrou. Les électeurs les plus à droite de l'UMP s'en vont vers le FN, ils préfèrent l'original à la copie. Et les autres ont tendance à se déplacer chez Bayrou", décrypte Gaël Sliman, directeur du pôle opinion chez BVA.
Du coup, on pourrait être tenté de voir la proposition du centriste de discuter des parrainages de Marine Le Pen comme un gros caillou glissé dans le soulier du chef de l'Etat. Une candidature Le Pen permetrrait à Bayrou de se poser en recours de la droite, face à un Sarkozy abandonné de son électorat.
"Je ne suis pas sûr que Bayrou milite pour la présence de Marine Le Pen pour ces raisons-là", nuance toutefois Gaël Sliman. François Bayrou serait en effet le premier avantagé de l'absence de Le Pen. D'après le sondeur, il gagnerait même quatre points avec un tel scénario. De plus, la droitisation de Sarkozy profite de manière égale à Le Pen et à lui. Et il n'est pas sûr qu'il l'emporte contre elle, dans la course au second tour.
Mais ce qu'il a compris en revanche, c'est que 70% des Français, de droite comme de gauche, veulent que Le Pen puisse se présenter. S'il insiste sur l'importance de la présence de Marine le Pen au premier tour, c'est parce qu'il sait que c'est un discours qui a le soutien du public.
"Les Français sont attachés au pluralisme, et François Bayrou aussi. Ce n'est pas comme si le FN faisait 1 ou 2%. Tous les partis parlent de ça entre eux. Mais ils font les faux-culs, assène Jacqueline Gourault. Nous, nous osons en parler publiquement."
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Marianne 2 - 15/02/2012 - Bayrou ou la rigueur +++ - Par Laurent PINSOLLE
Avec François Bayrou, le retour à l'équilibre budgétaire est prévu pour 2015. Soit un an avant l'échéance annoncée par Nicolas Sarkozy et deux ans avant celle de François Hollande. Son secret ? Privilégier une cure d'austérité drastique avant la croissance. D'après Laurent Pinsolle, qui soutient Nicolas Dupont-Aignan, ce modèle ne peut fonctionner, et montre surtout la manière dont Bayrou tente de séduire l'électorat de droite encore indécis.
Le candidat du Modem a révélé le chiffrage de son programme la semaine dernière. Sans surprise, il a creusé le sillon de la rigueur, qui est une de ses marques de fabrique. S’il fait plaisir à Jean-Michel Aphatie, sa recette serait une vraie catastrophe pour les Français.
ENTRE APHATIE ET CHURCHILL
François Bayrou ne pouvant pas se distinguer de François Hollande ni de Nicolas Sarkozy facilement sur les questions économiques, puisqu’il est lui aussi favorable à la monnaie unique, au libre-échange ou à la libre circulation des mouvements de capitaux, il a décidé de se différencier sur la question de l’austérité. En effet, alors que Nicolas Sarkozy promet un retour à l’équilibre budgétaire pour 2016 et François Hollande pour 2017, le candidat du Modem propose carrément 2015 !
Concrètement, cela représente un effort de 100 milliards d’euros entre 2011 et 2015, ou 80 milliards d’euros entre 2012 et 2015. Le président du Modem propose de réaliser cela pour moitié avec des baisses de dépenses et pour moitié avec des hausses d’impôts (nouvelles tranches d’impôt sur le revenu, hausse de la TVA). Bref, après le candidat allemand, voici le candidat churchillien, qui propose de la sueur et des larmes pour remettre de l’ordre dans les finances publiques.
UNE AUSTÉRITÉ SUICIDAIRE
Le problème est que ces propositions sont extrêmement dangereuses. Elles représentent un ajustement budgétaire d’environ 1,5 point de PIB par an pendant 3 ans. Le FMI a souligné dans une étude de 2010 que les phases d’austérité pèsent fortement sur la croissance. La potion amère de François Bayrou pourrait se révéler beaucoup trop dure pour tenir les 1,5 % de croissance du PIB qu’il annonce dans son projet, rendant caduque l’ensemble de son projet.
L’avis des économistes n’est pas très positif. Même les adeptes de la pensée unique sont sceptiques, comme le rapporte L’Express. Quand aux hétérodoxes, ils dénoncent ces politiques vivement, comme Joseph Stiglitz pour qui « l’austérité mène au désastre » et qui évoque « la pratique de la saignée dans la médecine médiévale ». En outre, comment ne pas y voir une réplique des politiques mortifères menées en Grèce, et qui n’ont absolument rien résolu.
UN GRAND COUP DE BARRE À DROITE
Dans un papier assez vif, le blogueur SuperNo, s’est posé la question « Bayrou, encore plus libéral que Sarkozy ? ». Il est vrai que le programme budgétaire du candidat centriste à l’élection présidentielle le déporte sur la droite de l’échiquier politique puisqu’il est celui qui va le plus loin dans les efforts de réduction des déficits budgétaires, poussant jusqu’à l’absurde une politique qui achèverait de casser définitivement toute croissance, comme cela se passe en Grèce.
Certes, on peut reconnaître une certaine constance au candidat, qui tenait déjà un discours similaire en 2007. Mais pratiquement, c’est une impasse économique. En fait, elle constitue sans doute un virage à droite. En effet, la seule chance pour François Bayrou n’est-elle pas de convaincre l’électorat de droite de laisser tomber un Nicolas Sarkozy — qui sera forcément battu par François Hollande — pour le soutenir lui, qui serait capable d’éviter le retour de la gauche au pouvoir ?
Devant la faiblesse du président sortant, le président du Modem semble faire le pari de devenir un candidat de droite de substitution pour faire barrage à François Hollande. Mais ce dernier ne fait pas très peur. Pire, il est pour le moins paradoxal de nous proposer une potion qui échoue partout ailleurs.
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