La Primaire Socialiste
Quel rôle pour les vaincus
Les leçons à tirer
Quel rôle pour les vaincus
Les leçons à tirer
Le Nouvel observateur - 17/10/2011 - Primaire PS : 5 leçons à tirer pour François Hollande et tous les socialistes - Par Thierry de CABARUS
Voilà. Cette fois et seulement cette fois, les jeux sont faits. Les électeurs de gauche ont fini par désigner démocratiquement leur champion au deuxième tour, en s’efforçant de faire fi des sondages qui leur imposaient de voter comme un seul homme pour le "favori". Et s’il convient de féliciter chaleureusement le gagnant qui est de notre camp, la gauche, si François Hollande a gagné, sa victoire pour être belle et confortable, est tout de même à relativiser.
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| Photo : T.SAMSON |
Heureusement, il reste six mois à notre nouveau champion pour tirer les conclusions d'un succès certes net, mais sans doute un peu décevant pour ses partisans au regard de tous les ralliements qui étaient annoncés. Il reste six mois pour se remettre en question et s'expliquer avec honnêteté que plus de 43% des électeurs de gauche n’ont pas voté pour lui, non seulement pour des causes extérieures (le climat "agressif", la pugnacité jugée "excessive" de son adversaire) mais aussi en raison d'un manque apparent d’énergie, de mobilité, et peut-être d’épaisseur.
Il lui reste une demi-année pour prendre toute la mesure de ses nouvelles responsabilités : à savoir que désormais, chacun au Parti socialiste compte sur lui, de Valls à Montebourg en passant par Aubry, que la gauche va véritablement et loyalement se rassembler autour de lui. Une demi-année pour qu’il se sente non seulement unanimement soutenu et fortifié, mais pour qu’il continue de se muscler, de s’affûter, de s’entraîner au seul et unique combat qui compte désormais, battre en mai 2012 le champion de la droite.
Un avertissement à François Hollande
On ne refait pas l’histoire. Il est inutile de se dire que si Martine Aubry était partie plus tôt, elle aurait pu gagner la primaire socialiste. Mais il n’est pas vain non plus de constater que la victoire de François Hollande, incontestable, certes, sonne aussi comme un avertissement.
Lui qui a profité d’un formidable soutien des médias, de ce que Martine Aubry a appelé "le système" sans être comprise (tous les "faiseurs d’opinion", les journalistes, les sondeurs ont décerné dès le début de sa campagne un statut assez contestable de "favori" à François Hollande), lui qui a bénéficié du ralliement (plus ou moins clair, parfois même contre nature) de ses quatre rivaux éliminés au premier tour, n’est pas parvenu à passer la fameuse barre des 60%, le résultat qui lui aurait permis d'endosser sans avoir à ajuster les coutures, le costume du candidat "100% naturel".
Mais l’heure n'est pas encore à la réflexion en profondeur, elle est à la joie d'avoir un candidat pour 2012, elle est au rassemblement, c'est vrai, et à cette fameuse "troisième mi-temps" annoncée par Martine Aubry qui a eu raison, dès samedi, de comparer cette primaire à un match de rugby : d’abord, on se bouscule, on se cogne dessus, on perd ou on gagne, et après seulement la fin de la deuxième mi-temps, quand la partie est finie, on se rassemble et on fait la fête ensemble.
Des enseignements pour le Parti socialiste
Cependant, juste une mise au point qui ne doit pas gâcher les réjouissances, mais qui est nécessaire pour partir sur de bonnes bases avec notre candidat désigné. À tous ceux qui disent que le ton de la primaire a été trop brutal, et que les derniers jours, marqués par des échanges très agressifs de part et d’autre, seraient préjudiciables à François Hollande pour la suite, il convient de répondre par un certain nombre d’enseignements, juste avant d’aller lever son verre en prévision de l’autre victoire, finalement la seule qui compte désormais.
1. La primaire est bien la répétition générale de l’élection à la présidence de la République. Il fallait donc que nos candidats se retrouvent dans des conditions réelles pour préparer la vraie bataille et qu’ils s’affrontent sans "faire semblant". Le fait que seuls des socialistes (et un radical) étaient en compétition n’était pas une raison suffisante pour dire qu’il ne fallait pas un combat "viril" entre les candidats. Car chacun doit avoir conscience que le combat qui s’annonce en 2012 face à la droite sera autrement plus violent quand Nicolas Sarkozy sera le seul adversaire à battre.
2. La primaire est une vraie avancée démocratique. À quoi aurait servi une élection préparée d’avance, avec un ralliement dès le premier tour derrière le "favori" des sondages ? À un tripatouillage entre militants, quelque chose comme un vote au congrès ? Cette fois, la mise en place de primaires du type des élections italiennes ou américaines a autorisé tous les sympathisants à sélectionner, en deux tours, leur champion. Limiter le vote à un seul tour aurait consisté à les priver de leur voix et à retomber dans des magouilles du type 2008 à Reims dont personne ne veut plus. Or, la formidable participation aux deux tours de scrutin montre la soif des électeurs à donner leur avis, mais aussi leur désir d’en finir avec la droite en mai prochain.
3. Honneur au gagnant qui, aujourd’hui, peut s’enorgueillir d’être "le candidat victorieux" de tous les socialistes, qu’ils soient de la "gauche forte" ou de la "gauche molle", à défaut d’avoir, pour l’instant, tout à fait la stature du "candidat de la victoire". Mais cela va venir. Nul doute que notre présidentiable saura se nourrir des conseils et des idées de ses anciens rivaux qui devront, de leur côté, mettre loyalement leurs experts et leur expérience à son service.
4. Le rassembleur va devoir se rassembler lui-même. On peut se demander si, bousculé par sa rivale au sein de son propre parti, le "rassembleur" sera assez solide face à un champion de la droite décidé à l’emporter par tous les moyens. Heureusement, il lui reste six mois pour développer sa pugnacité, affuter ses armes offensives.
Six mois pour prendre de l’épaisseur aussi, remplir son enveloppe consensuelle avec de l’imagination, des idées nouvelles, des convictions fortes. Six mois enfin pour se mettre au service d’un programme à la fois plus ambitieux et néanmoins réaliste, qu’il convient de réactualiser depuis la crise, et dont le contenu devra être précis, chiffré, sans ambiguïté, mais aussi capable de laisser une large place au rêve.
5. Chacun doit désormais oublier ses rancœurs et se rassembler derrière François Hollande. Six mois, c’est largement suffisant pour que tous les socialistes, tous les sympathisants du PS mettent de côté leur déception, leurs frustrations, leurs doutes et pour qu’ils apprennent à mieux comprendre et à soutenir désormais inconditionnellement leur nouveau champion.
Car il faut que chacun se range sans plus d’arrières pensées derrière François Hollande, et que ce dernier aborde les mois qui viennent en pouvant s'appuyer sur des troupes loyales et univoques. Et ce n’est pas la moindre des conditions, (on l'a vu en 2007 avec la défaite de Ségolène Royal) pour l’emporter en mai 2012.
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Rue 89 - 16/10/2011 - Large victoire de François Hollande à la primaire socialiste
Avec environ 56% des voix, François Hollande obtient une nette victoire face à Martine Aubry au second tour de la primaire et sera le candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle de 2012.
La participation au second tour devrait être légèrement supérieure à celle du premier tour (2,6 millions de votants).
Peu après 20 heures, Ségolène Royal est la première à officialiser le résultat : « François Hollande arrive nettement en tête » avec « une grande légitimité que la droite ne peut pas mettre en cause ».
« L’heure est au rassemblement joyeux derrière le candidat qui arrive largement en tête. »
Martine Aubry reconnaît sa défaite à 20h45 et appelle au rassemblement. Elle commence par préciser qu’elle « retrouve [ses] fonctions de première secrétaire » du Parti socialiste.
« François Hollande est notre candidat, les primaires l’ont rendu plus fort encore. Je mettrai toute mon énergie et toute ma force pour qu’il soit dans sept mois notre prochain président de la République. »
Puis la toute nouvelle première secrétaire accueille le candidat François Hollande. Les deux candidats du deuxième tour échangent bises et applaudissement, une mise en scène qui enchante les militants.
François Hollande prononce successivement trois longs discours : le discours officiel, une intervention moins formelle devant les militants du parti et une autre à la Maison de l’Amérique latine où ses partisans sont réunis.
Dans le premier, il se félicite du processus des primaires avant d’appeler au rassemblement :
« Ce que nous venons de réaliser est un processus irréversible qui s’imposera à toutes les familles politiques. »
« C’est le rêve français que je veux réenchanter. C’est pourquoi j’ai fait de l’école la grande priorité. »
« Ce soir, je veux dire à Martine Aubry que j’ai particulièrement apprécié sa dignité, je veux lui dire tout mon respect et tout le besoin qui est le nôtre de pouvoir travailler ensemble. »
« Ce soir, j’ai reçu un mandat d’une partie d’entre vous, un mandat impérieux, celui de faire gagner la gauche. J’y consacrerai toutes mes forces, toute mon énergie et j’ai la volonté de réussir le changement. »
Devant les militants du PS, il fait applaudir ses concurrents de la primaire, rend hommage à Martine Aubry et salue « son geste de mettre le Parti totalement à la disposition du candidat ».
Dans la péniche où se retrouvent les partisans de Martine Aubry, l’ambiance est à la résignation et la déception, à commencer par celle de l’absence de la candidate. Charza, qui l’a soutenue « dès le début », se console :
« François Hollande c’est bien aussi. Peut être que les Français auront plus de facilité à voter pour lui, car il faut le reconnaître ils sont un peu misogynes. Et puis c’est un candidat qui a aussi le mérite de pouvoir séduire des candidats du centre. »
Renée Greusard, notre reporter sur place, constate néanmoins que l’ambiance n’est pas si morne :
« Martine Aubry ne vient pas, mais sur la péniche, ambiance de foooolie. Jean Paul Huchon cherche un certain Max, il y a une musique aquatique/dance, quelques verres font “cling-cling” et une fille crie “Benoît président”. »
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Le Monde.fr - 09/10/2011 - Primaire PS : les résultats du premier tour
Accès à l'articleLe Figaro - 17/01/2012 - Quel rôle pour les vaincus de la primaire PS ? - Par Jim JARRASSE
Valls, Montebourg, Aubry, Royal, Baylet… Tous ont fait serment d'allégeance à François Hollande, mais chacun exprime son soutien à sa manière, quitte parfois à desservir le candidat socialiste. Tour d'horizon.
Pas de contestation possible. En remportant le second tour de la primaire avec plus de 56% des suffrages, le 16 octobre dernier, François Hollande a imprimé sa marque sur le Parti socialiste. Cette nette victoire a facilité le ralliement des cinq autres candidats à la primaire. Une unité mise en scène lors de la convention d'investiture du candidat socialiste, en présence de Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Ségolène Royal et Jean-Michel Baylet. Après quatre mois de confrontation, François Hollande a ensuite cherché à promouvoir le rassemblement en accordant à chaque sensibilité une place au sein de son équipe de campagne.
Martine Aubry, la gardienne du temple: La finaliste de la primaire, qui a retrouvé sa place de première secrétaire du parti, s'affichait ce mardi aux côtés de François Hollande à Gandrange, en Moselle. Les deux ennemis d'hier se rencontrent toutes les semaines pour coordonner leurs interventions. Objectif: montrer que le candidat et le parti marchent main dans la main, un lien qui avait tant fait défaut à Ségolène Royal en 2007. Depuis le début de l'année, la maire de Lille ne ménage pas ses efforts pour défendre le candidat socialiste et attaquer Nicolas Sarkozy sur son bilan. Lors de ses vœux rue de Solférino, au cours de l'inauguration du siège de campagne de François Hollande, en marge d'une visite présidentielle à Lille… à tous les coups, Martine Aubry frappe dur.Oubliés les procès en «mollesse» intentés par la patronne du PS contre son adversaire lors de la campagne de la primaire. Oubliées les violentes prises de becs entre aubrystes et hollandais lors de la négociation de l'accord électoral avec les écologistes et des investitures pour les législatives. «Mon seul souci, faire qu'Hollande soit élu», jurait Martine Aubry début décembre à Libération. Et surtout que Nicolas Sarkozy soit battu… C'est avant tout cet objectif commun qui a scellé l'alliance de raison des deux rivaux de la primaire.
Arnaud Montebourg, l'indomptable: Fort de ses 17% au premier tour de la primaire, le député de Saône-et-Loire a décidé de faire entendre sa voix au sein du PS. En créant son mouvement, baptisé La Rose et le réséda - un nom inspiré d'un poème d'Aragon -, Arnaud Montebourg veut «faire avancer» les idées qui ont fait son succès. Celles de la «démondialisation», de la réindustrialisation et de la régulation financière. Un positionnement qui se veut «complémentaire» de celui du candidat socialiste. Pour François Hollande, qui a fait appel au troisième homme de la primaire lors de ses déplacements dans des usines, Arnaud Monteboug constitue une caution de gauche indispensable pour limiter les déperditions de voix vers Jean-Luc Mélenchon. Absent de l'organigramme de campagne du candidat, Arnaud Montebourg cultive son indépendance. A tel point qu'il ne se retient pas de mener des frondes contre son propre parti: entré «en résistance» contre l'accord avec Europe Ecologie-Les Verts, il dénonce les pratiques de la fédération socialiste du Pas-de-Calais et embarrasse ses camarades en proposant de fixer une limite d'âge pour les députés socialistes au nom d'une rénovation qu'il prône depuis plusieurs années. Autant d'incartades qui lui ont valu un rappel à l'ordre de la part de Martine Aubry.
Manuel Valls, le dévoué : Rangé derrière François Hollande depuis le soir du premier tour, le député-maire d'Evry occupe une place centrale dans le dispositif de campagne en dirigeant d'une main de fer la communication du candidat. Prêt à renier ses propres engagements, sur la TVA sociale qu'il souhaitait instaurer ou les 35 heures qu'il voulait «déverrouiller», Manuel Valls s'est mis totalement au service du candidat socialiste. Il est omniprésent dans les médias, ce qui lui vaut parfois quelques cafouillages. Lorsque, mardi dernier, Manuel Valls confirme au micro de RMC la suppression du quotient familial, il est contredit dans la foulée par Michel Sapin, responsable du programme du candidat, qui évoque une «simple piste». Le genre de couacs que les socialistes espèrent éviter à l'avenir, en renforçant la communication au sein de l'équipe de campagne, désormais dotée d'un QG opérationnel. Souvent accusé dans le passé de «jouer perso», Manuel Valls, en hausse dans les enquêtes de popularité, pourrait profiter de la campagne de François Hollande pour se replacer au centre du jeu.
Ségolène Royal, l'électron libre: Ebranlée par sa lourde défaite à la primaire, l'ex-compagne de François Hollande s'est mise en retrait pendant plusieurs semaines, consacrant l'essentiel de se ses apparitions à la promotion de sa candidature aux législatives, à La Rochelle. Mais depuis le début de l'année, la présidente de la région Poitou-Charentes, qui espère décrocher la présidence de l'Assemblée nationale, se replace peu à peu dans le jeu politico-médiatique. L'ex-candidate à la présidentielle de 2007 s'est ainsi offert le luxe de donner des conseils à François Hollande: «Il faut aujourd'hui qu'[il] soit plus précis dans les propositions qu'il a promis de faire et il va l'être, je puis vous le dire», déclarait-elle le 10 janvier sur France Bleu Poitou. Représentée au sein du dispositif de campagne par Guillaume Garrot, son porte-parole, elle devrait participer à plusieurs meetings de François Hollande, mais son rôle précis reste encore à définir.
Jean-Michel Baylet, le discret: Un score réduit à la primaire (0,7%) et un rôle tout aussi symbolique dans la campagne pour le patron du Parti radical de gauche, qui a été nommé au sein du conseil politique de François Hollande, où il côtoie Martine Aubry. Son directeur de cabinet lors de la primaire, Harold Huwart, participe quant à lui à l'élaboration du projet. Quasi-inexistant dans la campagne, Jean-Michel Baylet a simplement fait une apparition lors de l'inauguration du QG du candidat socialiste et repris l'argumentaire du PS en qualifiant la perte du triple A de «naufrage pour le chef de l'Etat».
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