Pierre Sarkozy, entre rapatriement et garde rapprochée
Europe 1 - 01/02/2012 - Le cher rapatriement de Pierre Sarkozy - Par Rémi DUCHEMIN
Le fils du chef de l’Etat a été rapatrié d’Ukraine dans un Falcon de l’Etat, révèle Le Canard.
C’était sans doute l’intoxication alimentaire la plus médiatisée depuis longtemps. La semaine dernière, en Ukraine, Pierre Sarkozy, fils du président de la République, a été victime d’un malaise, nécessitant son hospitalisation pendant une nuit, de mardi à mercredi, à Odessa. Producteur de rap de son état, "DJ Mosey" avait eu l’infortune de voir le concert qu’il devait donner annulé en raison de ses troubles gastriques. Mais il a pu, pour se remettre de sa maladie et de ses émotions, bénéficier d’un retour en France dans les meilleures conditions possibles.
5.625 euros l’heure de vol
Selon Le Canard enchaîné de mercredi, Pierre Sarkozy, 26 ans, a en effet été rapatrié à Paris sur un Falcon 50 appartenant à l’Etec, l’Escadron de transport, d’entraînement, et de calibration. Selon le site de l’Armée de l’air, cette unité "assure des missions de transport au profit des hautes autorités de l’Etat" et "le transport du personnel du Ministère de la Défense, de délégations étrangères". En outre, elle "effectue de nombreuses évacuations sanitaires de civils ou militaires". Le rapatriement de Pierre Sarkozy entre dans cette dernière catégorie.
Sauf qu’une évacuation de ce type a un coût. En septembre 2010, l’heure de vol du Falcon 50 était évaluée par le ministère de la Défense, en réponse à une question du député PS René Dosières, à 5.625 euros. Or, l’appareil a décollé mercredi matin à 10 heures de l’aéroport de Villacoublay et a atterri 8 heures plus tard au même endroit, après avoir stationné deux heures en Ukraine. Soit 34.000 euros l’aller-retour. Et quatre minutes plus tard, un Falcon 7X a décollé vers l’aéroport de Lyon-Bron, où Pierre Sarkozy était annoncé. Soit une heure de vol en plus, facturée cette fois 7.877 euros.
"Intérêt général"
La facture totale s’élèverait donc, s’il s’avère que Pierre Sarkozy est bien allé dans le Rhône, à un peu moins de 42.000 euros. Au Canard enchaîné, la présidence de la République a affirmé que le chef de l’Etat avait payé "par chèque, sur ses deniers personnels, la somme de 7.632 euros". Soit, après déduction de cette somme, 34.000 euros environ au frais de l’Etat.
Outre cette différence arithmétique, l’hebdomadaire satirique évoque un autre problème : le principe de "neutralité du service public", selon lequel un organisme d’Etat, tel que l’Etec, n’a pas le droit de faire concurrence au secteur privé. "Imaginons qu’une compagnie aérienne mal lunée prenne en mauvaise part cette concurrence déloyale et fasse un procès, elle gagnerait à tous les coups", explique un contrôleur général dans Le Canard enchaîné. Car l’Etec n’aurait comme seul argument à avancer que l’"intérêt général", seul à même de justifier le recours à l’escadron plutôt qu’à une compagnie privée. Mais les troubles gastriques de Pierre Sarkozy n’entrent pas dans cette catégorie.
France Soir - 12/02/2012 - Pierre Sarkozy aurait une chère garde rapprochée
Le mélomane de la famille présidentielle doit se rendre au Brésil du 20 au 26 février prochains, en pleine saison des carnavals, pour une série de concerts en boîte de nuit. Cette fois, s'il ne montera pas à bord d'un avion appartenant à l’Escadron de transport, d’entraînement, et de calibration (Etec) - généralement utilisés pour transporter le personnel du Ministère de la Défense ou pour des missions spéciales au profit des hautes autorités de l'Etat - il s'agirait là, entres autres, d'ouvrir un carré VIP très spécial pour le fils de Nicolas Sarkozy dans les aéroports brésiliens.
D’après un courrier que Mediapart s’est procuré, adressé le 1er février au ministère brésilien des relations extérieures, l’ambassade française « sollicite l’ouverture du salon d’honneur » dans chacun des trois aéroports qu'il doit traverser (Sao Paulo, Rio et Florianopolis). « Les services français signalent au passage que Pierre Sarkozy voyagera avec sa bande : un ami photographe et Fama Niang, sa "manageuse" et ancienne directrice artistique dans la société de production de Carla Bruni », écrit Mediapart ce samedi.
Deux policiers d'élite
Il aurait aussi été demandé aux services brésiliens d'assurer la protection de Pierre Sarkozy avec « le concours de la Police fédérale » brésilienne. Cependant, ce courrier dévoile surtout le dispositif de sécurité français dont bénéficie le « DJ ». Dans leur lettre, les services de l'ambassade réclament en effet « une autorisation d’introduction et de port d’armes à feu sur le territoire (brésilien) en faveur de deux officiers ». Il s'agit de deux policiers du GSPR (le groupement de sécurité du président de la République) « qui escortent le fils du chef de l’Etat dans ses déplacements aux quatre coins du monde ».
D'après un rapport du député Jean Launay (PS), consacré aux dépenses de l’Elysée, le coût d'un salaire pour un policier du GSPR atteint 83.645 euros par an. Mediapart « extrapole » donc ce chiffre à 167.000 euros par an de coût à la République pour la sécurité rapprochée de Pierre Sarkozy « rien qu’en rémunérations » de ces deux agents policiers. « Restent les frais de bouche, le matériel, le transport, etc. », poursuit le site d'informations.
Allemagne, Russie, Autriche...
Mediapart ne manque pas, non plus, de rappeler tous les lieux où l'on a pu voir apparaître ces derniers mois le jeune homme de 26 ans, en recensant sur la Toile des vidéos preuves à l'appui de quelques uns de ses déplacements à l'étranger. En Ukraine, où il a mixé en juin au « b-hush » une boîte de nuit de Kiev. En Suisse au festival de Zurich fin juillet. En Autriche, où il s'est produit au « Posh Club » de Vienne à la mi-octobre. En Russie, en Allemagne...
Interrogé par le site d'informations, le député socialiste René Dosière - récemment à l'origine d'un livre sur le train de vie mené par Nicolas Sarkozy avec l'argent de l'Etat depuis le début de son quinquennat – trouve « évidemment nécessaire de protéger certains membres de la famille du chef de l’Etat ». Cependant, dans le cas de Pierre qui est un adulte - ce qui n'est pas le cas de Louis qui a 14 ans et qui vit avec sa mère Cécilia aux Etats-Unis, le fils aîné du président français « a sa propre indépendance financière », souligne le député. Il s'interroge : « L'Etat doit-il protéger Pierre (…) quand il parcourt le monde pour ses activités professionnelles ? ».
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