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Le PS et le livre "Rose Mafia"

Le PS et le livre "Rose Mafia"

L'express - 20/02/2012 - PS du Pas-de-calais : ce que révèle le livre "Rosa Mafia" - Par Jacques TRENTESAUX


Dans un livre choc, "Rose Mafia", l'ex-maire d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, lève le voile sur les étranges circuits de financement d'élus de la fédération socialiste. Lui-même mis en cause par la justice, il refuse d'être le seul à payer.
Emplois fictifs, enveloppes de billets données de la main à la main par des dirigeants d'entreprises, doubles facturations, corruption, achat de complaisance d'un magistrat... Dans un ouvrage de 300 pages truffées de détails, à paraître le 23 février (1), Gérard Dalongeville, ancien maire d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), a décidé de mettre à nu les étranges moeurs de ses anciens amis socialistes.
Photo : Reuters

Un témoignage rare de la part d'un initié sur un "système pourri jusqu'à la moelle", écrit-il. Après être passé huit mois par la case prison - il est mis en examen pour détournements de fonds publics, favoritisme, faux en écriture, corruption... -, l'homme a décidé de tout dire... pour ne pas payer seul.
L'ouvrage guide le lecteur dans les incroyables méandres du financement politique. Et fait brusquement resurgir une époque qu'on pensait révolue depuis l'adoption des lois sur le financement des partis. Mais il faut croire que, dans l'ancien bassin minier où le PS est sans concurrence sérieuse depuis des décennies, les mauvaises habitudes ont perduré.

Dons, surfacturation et vols d'archives...
A écouter Gérard Dalongeville, les flux d'argent empruntent divers chemins sinueux. Parfois, les militants versent des dons en liquide de 100, 500, voire 1000 euros à un candidat socialiste - ou directement à la fédération PS du Pas-de-Calais - qui leur sont aussitôt restitués par virements d'entreprises "amies". En échange, celles-ci disposent de facilités d'accès aux marchés publics.
De façon plus classique, l'ancien maire d'Hénin-Beaumont évoque des surfacturations "de 10 à 15%" récupérées sous la forme de publicité dans les journaux municipaux. Les sociétés Soginorpa, gestionnaire d'un parc de 62 000 logements miniers, et Adévia, principal acteur public d'aménagement, seraient au coeur de ces circuits occultes. Une affirmation rendue d'autant plus crédible par la publication de plusieurs rapports très sévères de la chambre régionale de la Cour des comptes. Et par d'étranges vols d'archives intervenus récemment à la mairie ­d'Hénin-Beaumont ainsi qu'à la communauté d'agglomération d'Hénin-Carvin.
Dalongeville dit avoir les preuves de ce qu'il avance
L'auteur se fait plus précis lorsqu'il raconte comment un major régional du BTP a versé un chèque de "215 280 euros" à un homme d'affaires peu scrupuleux au titre de dépenses de sponsoring. "L'explication est tout autre, rectifie Gérard Dalongeville, c'est une rétrocommission au profit du PS."

Pis! L'ancien édile soutient que son ancien premier adjoint s'est rendu en avion au Luxembourg à plusieurs reprises pour blanchir de l'argent et que ces déplacements étaient liés au financement du PS. "Je n'ignore pas la gravité de ces accusations", soutient-il. Et d'annoncer qu'il ne craint pas les procès en diffamation, car il possède les preuves de ses allégations.
"Je crains que le bac ne se retourne finalement sur le cochon"
Cette petite bombe éditoriale, en plein coeur de la présidentielle, fera grincer bien des dents, vu le profil particulier de l'auteur, dont le procès devrait s'ouvrir d'ici à la fin de l'année. Même si le PS affiche de garder son sang-froid. La sénatrice Catherine Génisson, première secrétaire de la fédération du Pas-de-Calais, déclare à L'Express être "très sereine" et rappelle que Gérard Dalongeville a livré nombre de vérités successives à la justice.
"Je crains que le bac ne se retourne finalement sur le cochon", rétorque Jean-Pierre Chruszez, l'un des anciens collaborateurs de Gérard Dalongeville, éreinté dans le livre (2).
En décembre 2010, la parution dans la presse des lettres que l'ancien maire avait adressées depuis sa cellule à la juge d'instruction Véronique Pair avait déjà mis le feu aux poudres. Au centre des soupçons de financements occultes, un homme: Jean-Pierre Kucheida, 69 ans, inamovible député-maire de Liévin depuis 1981. A l'époque, ce dernier avait réfuté en bloc les "fantasmes" de son ancien protégé.

"Nettoyer les écuries d'Augias"
Des "fantasmes" jugés toutefois suffisamment crédibles pour déclencher l'ouverture de quatre enquêtes préliminaires et, depuis, l'organisation de nombreuses et discrètes auditions et perquisitions d'entreprises par la division nationale des investigations financières de Nanterre (Hauts-de-Seine).
De bonne source, celles-ci devraient aboutir dans les prochains jours à des gardes à vue assorties de mises en examen pour - à tout le moins - prise illégale d'intérêts. Assigné à résidence dans les Vosges, Gérard Dalongeville, 41 ans, élude un peu trop rapidement ses propres responsabilités dans l'ouvrage. Parfois, il se transforme même en un étrange justicier: "Il est temps de nettoyer les écuries d'Augias", écrit-il.
Mais de réels accents de sincérité percent dans ce livre thérapie d'un "homme meurtri" qui avoue avoir tenté un jour, au fond de sa cellule, de se suicider. Le parcours de ce petit soldat du socialisme, enivré par un système "dont on ne peut pas sortir", est édifiant. Le récit de sa première ligne de défense, monté de toutes pièces par ses anciens comparses, sidère tout autant.
L'éditeur a préservé un secret total jusqu'à la sortie de cet ouvrage sulfureux. Sa parution intervient au pire moment pour le candidat François Hollande. Et au meilleur pour ses concurrents, au premier rang desquels Marine Le Pen, précisément candidate aux législatives à Hénin-Beaumont et qui ne cesse de dénoncer la "mafia socialiste".
Depuis des années, les socialistes locaux font tout pour lui donner raison.

(1) Rose mafia, par Gérard Dalongeville. Ed. Jacob-Duvernet, 298 pages, 19,95¤.
(2) La Voix du Nord du 5 février.

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La voix du Nord - 24/02/2012 - « Rose mafia » de Dalongeville en librairie : chronique d'un succès annoncé - Par Philippe BESSIN


Sorti officiellement hier matin, « Rose mafia », le livre de Gérard Dalongeville sur le financement de la fédération socialiste du Pas-de-Calais s'est vendu comme des petits pains à Lens, Liévin et ailleurs. L'éditeur s'est même retrouvé en rupture de stock et a procédé à l'impression de 5 000 ouvrages supplémentaires.

Furet du Nord, hier, 14 h 30. Sur la table des actualités politiques, il n'y est pas. Sur la table des nouveautés, il n'y est pas non plus. En désespoir de cause, on jette un oeil sur les produits régionaux. Inconnu au bataillon ch'ti ! Mais où est passé Rose mafia, le livre qui fait l'événement, que dire le buzz, écrit par l'ancien maire d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville. Avec un sujet qui tient du polar à l'ancienne : le financement du Parti socialiste dans sa fédération du Pas-de-Calais...

Photo : La voix du Nord

Nous ne sommes pas encore au salon du livre policier (24-25 mars à Lens) mais le suspense est déjà à son comble dans la librairie du boulevard Basly. D'un coup, soudain, la pression retombe. « Il n'y en a plus, tout est parti ce matin », répond la dame du rayon livres à une jeune femme venue acheter le brûlot pour sa mère. Tout juste passé 10 heures, les cinquante exemplaires acheminés à Lens par le diffuseur de la maison d'édition Jacob-Duvernet s'étaient déjà vendus comme des petits pains. Les exemplaires n'ont pas même eu le temps d'être mis en rayon qu'ils étaient vendus aux premiers visiteurs du jour. Les suivants ont commencé dès lors à commander la denrée rare... Harry Potter n'a qu'à bien se tenir !

>>> Rose Mafia : les premières impressions de Jean-PIerre Kucheida

Le même impact s'est produit dans les autres librairies du « Furet », signale-t-on depuis Lens. À Béthune comme à Douai, tous les exemplaires ont été écoulés tout comme à Englos, près de Lille. Quant à la Maison de la presse de Liévin, qui ouvrait dès 7 h 30, elle a été littéralement prise d'assaut. N'exagérons pas tout de même : les sept livres disponibles sont partis en même temps que d'autres clients prenaient leur journal du matin. « On a au moins une vingtaine de réservations », indiquait Martine Denoyelle dans l'après-midi. La commerçante invite d'autres clients à faire de même aujourd'hui : les ouvrages commandés ne devraient pas arriver, si tout va bien, avant demain samedi voire plus tard. C'est la même configuration au Furet du Nord à Lens.

Du côté de l'éditeur parisien, on se réjouit de ce démarrage en trombe. « Les 500 à 600 points de vente sur le territoire nous ont fait 2 500 commandes, c'est ce qui a entraîné une rupture de stock », précisait Louis De Mareuil, chargé de communication chez Jacob-Duvernet. Cela ne veut pas dire que les 11 000 exemplaires tirés ont tous trouvé preneur (il faudra plusieurs jours avant de chiffrer précisément les ventes réalisées). Cette remontée des libraires montre cependant que Rose mafia a tout pour faire un bon succès de librairie (à son échelle bien sûr). La rupture de stock a d'ailleurs incité l'éditeur à procéder à la réimpression de 5 000 ouvrages.

Déjà la veille...

Ce succès annoncé n'empêche pas la maison d'édition de déplorer que « les libraires n'aient pas toujours joué le jeu ». Un travail « sous embargo » aurait été mené afin que nul exemplaire ne sorte avant le jour J mais tel n'a pas été le cas. « Cette stratégie était voulue en accord avec l'auteur qui voulait travailler dans la sérénité et sans pression. Or, l'ouvrage a été distribué la veille dans certaines librairies ce qui a généré des papiers (des articles de presse) de la part de journalistes. », déplore Louis de Mareuil. Une énigme de plus. Trop fort !

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