Le Courrier International - 26/03/2012 - Adieu Sarkozy ?

Est-ce la fin de Nicolas Sarkozy ?, interroge l’hebdomadaire américain Time à la une de son édition européenne. En couverture, le profil du président français se détache sur fond noir, façon nécrologie, barré d’un sobre “Adieu ?”
Comment expliquer qu’un homme d’Etat respecté internationalement, par ailleurs formidable meneur de campagne, se retrouve au bord de la défaite?, se demande le magazine. Réponse : “C’est l’économie, pardi !” Les Français se soucient moins des prouesses internationales que du bilan intérieur d’un président résolument trop bling-bling. S’ils doivent subir des mesures d’austérité, ils préfèrent les voir imposées par un leader proche de leurs souffrances que par un président des riches.
Quelles que soient l’évolution de la campagne et les retombées de la tuerie de Toulouse, Nicolas Sarkozy ne peut en tout cas plus revenir sur son virage vers l’extrême droite, assure le Time. Celui-ci lui vaudra soit une répudiation politique, soit une spectaculaire réélection.
Le Courrier International - 08/03/2012 - La pitoyable campagne de Nicolas Sarkozy - Par Rudolf BALMER
Devant le spectacle offert par le président depuis son entrée en campagne, le quotidien allemand Die Tageszeitung (gauche alternative) s'interroge. Angela Merkel a-t-elle vraiment besoin de cet allié peu recommandable ?
Les Français doivent-ils réélire leur président par pitié ? Celui-ci va jusqu'à déballer de vieux problèmes de famille devant les caméras [Le 6 mars, interrogé sur France 2, Nicolas Sarkozy est revenu sur sa rupture avec sa précédente épouse Cécilia, en 2007]. Ou encore à clamer qu'il a fait son possible dans le combat contre le chômage.
Nicolas Sarkozy sait que son pire ennemi, c'est son bilan des cinq dernières années. Il a donc tout intérêt à en attribuer la responsabilité à divers adversaires anonymes comme "la crise". Et lorsque des journalistes évoquent ses erreurs, chiffres à l'appui, il devient agressif.
On dit que, par affection pour son Nicolas, Angela Merkel se serait secrètement mise d'accord avec l'Italien Mario Monti, l'Espagnol Mariano Rajoy et le Britannique David Cameron, pour ignorer François Hollande et ne pas le recevoir pendant la campagne [selon le magazine allemand Der Spiegel]. Mais le mauvais service qu'elle lui rend ainsi n'a pas revigoré Sarkozy. Le candidat de l'Allemagne ? Il n'avait pas besoin de s'embarrasser de cette étiquette.
Est-ce cette impasse qui l'a amené à l'idée de se lancer dans la polémique sur la viande halal initiée par le Front National et, avec un zèle idéologique, de demander un nouveau durcissement de la politique d'immigration ? Toujours est-il qu'il pointe du doigt les communautés religieuses et les étrangers, qui deviennent pour lui le problème. Il affirme - en s'appuyant sur des sources introuvables - que le débat sur la viande halal est le "premier sujet de préoccupation des Français". Il part ainsi sans complexe à la chasse aux voix des sympathisants du FN - selon ses conseillers, l'unique réelle source potentielle de voix.
On aimerait savoir ce que pense Mme Merkel de ce "goulasch électoral" parisien, qui doit lui rappeler son collègue nationaliste [le ministre-président hongrois] Viktor Orbán, avec lequel elle n'a pourtant pas plus d'affinités qu'avec Hollande.
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Le Courrier International. Le 22/02/2012. Source
Tout le monde regarde vers Hollande
Au centre du jeu, Hollande ? Alors que les politiques d'austérité dominent l'Europe, le candidat socialiste est perçu comme l'un des premiers à avoir proposé une autre voie. S'il venait à l'emporter, ce pourrait être le signal d'un retournement de tendance, estiment plusieurs observateurs étrangers.
François Hollande, l'homme de la rupture ? Plusieurs éditorialistes et observateurs d'Europe et des Etats-Unis disent l'importance qu'aurait sa victoire à l'élection présidentielle à l'échelle européenne. Dans un contexte marqué par l'austérité, le candidat socialiste est devenu, à leurs yeux, le représentant d'une autre voie. Celui aussi qui pourrait faire basculer le jeu européen vers une politique plus équilibrée entre austérité et mesures de croissance.
"La gauche européenne regarde vers Paris", titre le quotidien espagnol El País, qui écrit : "Un opéra unique s'est joué depuis le début de la décennie dans les théâtres politiques européens. Ténors et sopranos ont entonné vigoureusement le chant de l'austérité et de la flexibilité des marchés du travail. Les dirigeants progressistes ont presque tous accepté, sans tiquer, le diktat allemand sur la règle d'or du déficit. Mais la conjoncture politique semble offrir une opportunité à ceux qui souhaitent une autre musique. Tout le monde regarde vers Paris."
Obama et Monti : de bons alliés pour Hollande
"François Hollande, poursuit l'article, est le seul leader de poids qui se soit déclaré clairement contre le traité européen d'austérité négocié en janvier dernier. Hollande, qui est en tête des sondages, a affirmé que, s'il gagnait, il exigerait sa renégociation. Il a également plaidé pour la création d'eurobonds, regretté que l'accord n'inclue pas de dispositions plus explicites en faveur de la croissance et promis de plus lourds impôts pour les banques. Des vingt-sept pays de l'Union européenne, quatre seulement sont gouvernés par des sociaux-démocrates ; mais une victoire de Hollande pourrait ouvrir la voie à un retournement de tendance." Le cas échéant, le socialiste trouverait plusieurs alliés précieux : l'Italien Mario Monti et l'Américain Barack Obama, qui combattent eux aussi "la culture exclusive de l'orthodoxie fiscale", souligne le quotidien espagnol.
Le même thème a été abordé par des observateurs, par exemple sur le site du think tank italien mRI(Meridiani-RelazioniInternazionali), qui affirme que "les heures de l'austerity sont comptées". L'auteur cite François Hollande comme promoteur d'une autre politique en Europe et voit aussi en Mario Monti un possible allié de circonstance. De fait, le lundi 20 février, douze pays européens, dont l'Espagne, l'Italie et la Grande-Bretagne, ont envoyé une lettre à la Commission européenne pour réclamer des politiques de croissance. Lettre que n'ont signée ni la France ni l'Allemagne.
Un référendum sur l'Allemagne
Côté américain, même analyse sur le site d'information économique Bloomberg: "Si François Hollande chasse Nicolas Sarkozy au printemps, la zone euro pourrait connaître une nouvelle période d'instabilité", écrit un observateur, pour qui "les élections françaises peuvent aussi être vues comme un référendum sur l'approche allemande de la monnaie unique européenne".
Le quotidien britannique The Daily Telegraph explique quant à lui pourquoi une défaite de Nicolas Sarkozy devrait "terrifier David Cameron et réjouir Ed Miliband [chef de l'opposition]". "La Grande-Bretagne en train d'être étranglée par le même défaut de croissance [que la France]. (...) Si Hollande venait à l'emporter, ajoute l'auteur, l'orthodoxie politique qui place les coupes budgétaires avant tout le reste pourrait également être en lambeaux."
Bien sûr, les éditorialistes ne se trompent pas sur les intentions de François Hollande. "De culture politique modérée, Hollande ne risque pas de brandir un quelconque drapeau rouge", écrit The Daily Telegraph. "Hollande ne cherchera pas beaucoup plus qu'un amendement au pacte d'austérité négocié par le Conseil européen en janvier dernier pour promouvoir la croissance", estime le Financial Times. "Cela dit, poursuit le quotidien économique, toute proposition propre à rendre les marchés nerveux sur l'Europe est malvenue."






