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Une campagne "vintage"

Le Nouvel Observateur. Le 13/02/2012. Accès à l'article

1974, 1988, 2012, les rétro-stratégies de Sarkozy et de Bayrou

Le modèle du premier, c’est la réélection de François Mitterrand en 1988, celui du second, l’élection de Valéry Giscard d'Estaing en 1974.

Que François Hollande s’inspire de François Mitterrand, que Marine Le Pen joue des mêmes ressorts que son père, quoi de plus naturel ! Mais que Nicolas Sarkozy, il ne s’en cache pas, calque sa stratégie sur celle du président socialiste est plus étonnant.

Rester le plus longtemps possible au-dessus de la mêlée. Etre celui qui agit face à ceux qui proposent. Celui qui maîtrise le temps et dont la parole est renforcée par le poids présidentiel. Sarkozy n’en démordait pas. Il serait candidat en mars, pas avant. Pourquoi, disait-il à ses interlocuteurs, ce qui avait si bien réussi à Mitterrand, ne me réussirait-il pas ?

C’était oublier, bien sûr, que les circonstances sont toutes différentes. Contraint à la cohabitation après la défaite des socialistes aux législatives de 1986, Mitterrand n’était pas tenu pour responsable des échecs du gouvernement RPR. Et lorsqu’il s’est déclaré, en mars effectivement, il n’était ni impopulaire ni discrédité et les sondages d’intentions de votes le donnaient largement gagnant.
Une grossière erreur

Pour Sarkozy, c’est l’inverse : son bilan et son comportement personnel sont sévèrement jugés par les Français et toutes les enquêtes lui annoncent une cinglante défaite. Sarkozy comptait sur les tirs de ses snipers pour saper la popularité de François Hollande. Et sur ses propres efforts – tardifs – pour enfiler enfin les habits présidentiels.

L’image du président protecteur, du chef à la main ferme dans la tempête allait s’imposer. Rien ne s’est produit. La volonté massive de tourner la page Sarkozy demeure majoritaire. D’où la brutale accélération du calendrier qui sonne comme un aveu : la "stratégie à la Mitterrand" n’était plus tenable, c’était une grossière erreur.
François Bayrou, comme Giscard ?

François Bayrou bénéficiera-t-il, comme Giscard en 1974, d’une fracture au sein du parti majoritaire de la droite ? Cette année-là, Jacques Chirac et 43 députés gaullistes s’étaient ralliés au candidat du centre droit, précipitant ainsi la chute de Jacques Chaban-Delmas, le candidat de leur propre parti.

En faisant implicitement porter la responsabilité de la crise française aux chômeurs et aux immigrés, en approuvant les propos de son ministre de l’Intérieur sur l’inégalité des civilisations, Nicolas Sarkozy a provoqué la vive réaction de 36 personnalités pour la plupart proches de Jacques Chirac. Dans un texte, elles rappellent que l’ancien président a toujours manifesté "le souci permanent de l’humain et du sort des plus vulnérables qu’il s’agisse des peuples ou des individus" et affirment refuser l’intolérance et la xénophobie.

François Bayrou se plaît à rêver qu’un certain nombre de personnalités gaullistes feront un pas supplémentaire en lâchant Sarkozy comme les 43 avaient lâché Chaban. Et qu’il rassemblera "tous les Français qui ont une certaine idée de la France", tous ceux qui "ne peuvent se taire quand ils voient à quels ressorts on veut faire appel".

Comme Sarkozy, Bayrou a d’abord parié sur l’effondrement de Hollande. Il s’est donc adressé en priorité aux électeurs de gauche avec l’espoir d’affronter le président sortant au second tour. Erreur. Comme Sarkozy, il doit aujourd’hui revoir sa stratégie en espérant rassembler les anti-sarkozystes de droite pour affronter Hollande au second tour. Mais 2012 n’est pas 1974 et le rétroviseur de Bayrou n’est pas mieux réglé que celui de Sarkozy.


Le Monde. Le 16/02/2012. Source

La campagne vintage




C'est un tweet signé Georges Marchais. Il est bref mais dit tout :"comment se passionner pour une campagne où Hollande se prend pour Mitterrand, Sarko pour Giscard et Mélenchon pour l'inimitable Georges Marchais ?"

Bien vu M. Marchais ! Jamais une campagne n'avait pris une telle allure vintage. C'est comme si on rejouait le match de 1981. Le décor évidemment a changé mais, à 31 ans de distance, les personnages font tout pour coller à leur modèle.

Mélenchon , c'est le tribun qui flirte avec le populisme, l'ex-socialiste qui tente de remonter les communistes à coup de formules chocs. Il est là comme un remords ou une réparation. Car c'est quand même bien Mitterrand qui a commencé à les tuer en 1981 !

Hollande c'est Mitterrand. Il constate tout haut devant la City ce que son modèle pensait tout bas à savoir que les communistes sont bel et bien morts. Surtout, il tente d'incarner "la force tranquille", le seul slogan à ce jour à avoir fait élire et réélire un président de gauche sous la Vème République.

Sarkozy c'est Giscard, de façon presque psychanalytique. Le président sortant a tellement intégré sa position de challenger qu'il en vient à copier l'affiche de campagne du battu de 1981: "la France forte". Aveu d'échec ou ultime défi ? En tout cas, c'est osé.

Mais qu'est ce qui les pousse tous à refaire ainsi le match ? Deux explications possibles. L'une rassurante : il faut gommer la rupture de 2007, renouer avec les fils de l'histoire, retrouver ses racines et rassurer les français : ce n'est pas la première fois que la France essuie une tornade. Elle a survécu à deux chocs pétroliers, elle peut bien survivre à une crise financière doublée d'une crise de la dette souveraine.

L'autre plus inquiétante : les candidats sont incapables de projeter le pays dans l'avenir et d'imaginer un futur. Le "rêve français" de François Hollande reste largement indéfini, celui de Nicolas Sarkozy est de coller à l'Allemagne et celui de Mélenchon de ressusciter le passé.

Avouons qu'il y a mieux pour motiver l'électeur !