Les Echos - 05/03/2012 - Banlieues : les candidats à la présidentielle en panne d'idées - Par Joël COSSARDEAUX
La campagne présidentielle s'avère, pour l'instant, faiblement porteuse pour les banlieues. A gauche comme à droite, les idées nouvelles manquent.
Trois petits tours et puis s'en vont. Après François Hollande, en décembre dernier, puis Dominique de Villepin, le premier à s'y rendre, dès juin 2010, François Bayrou s'est fendu vendredi d'une visite à Mantes-la-Jolie (Yvelines), au coeur du « malaise des banlieues ». Ce périple aux allures de parcours fléché, avec son incontournable bain de foule sur le marché du Val-Fourré, avait un objectif : « Dialoguer avec cette banlieue dont on ne parle pas », selon le candidat du Modem à la présidentielle. Pas sûr que cette incursion d'un peu plus de quatre heures en « zone urbaine sensible » ne compense beaucoup le vide médiatique dans lequel sont tombés les quartiers en difficulté.
Très présente en 2007, la thématique des banlieues en souffrance brille aujourd'hui par son absence dans les discours de campagne et les programmes des candidats. Pour l'heure, aucune annonce d'envergure un tant soit peu à la hauteur du « plan Marshall » promis il y a cinq ans par Nicolas Sarkozy n'est à signaler. La vague d'espoir soulevée par ce projet n'avait pas tardé, il est vrai, à retomber, les moyens nécessaires n'étant pas au rendez-vous. Aujourd'hui, la situation des finances publiques rend la répétition d'un projet d'investissement massif encore plus improbable. Et ce, alors même que la crise s'est aggravée, touchant beaucoup plus durement les quartiers de la politique de la ville (5 millions d'habitants), où le niveau du chômage, est généralement le double de la moyenne nationale.
« Pour cette campagne, c'est dans les usines qu'il faut être. Car c'est dans l'industrie que peut se jouer la résolution de la crise », estime Jean Viard, directeur de recherches au Cevipof. L'urgence est donc moins forte dans les banlieues, qui « s'autorégulent » et où « la situation a été relativement calme ces cinq dernières années ».
C'est ce qui pourrait expliquer la rareté des propositions et leur caractère peu innovant, signalé par les associations. Moins discret que Nicolas Sarkozy sur le sujet des banlieues, François Hollande a indiqué au collectif ACLefeu qu'il voulait en finir avec le traitement d'exception qui leur est réservé. Au même titre que les zones rurales dévitalisées, les quartiers bénéficieront de moyens spécifiques dans le cadre de la lutte contre les inégalités que le candidat du Parti socialiste veut mener, en matière de logement notamment. Le tout a été énoncé sans que soit avancé le moindre chiffre.
Silence sur les problèmes
Cette idée de retour au droit commun des banlieues va dans le sens des attentes de l'association des maires Ville et banlieue, qui réclament un ministère d'Etat à l'Egalité des territoires et de la cohésion sociale. « Mais, en même temps, note Camille Vielhescaze, son délégué général, cette approche évite d'avoir à parler concrètement des problèmes ».
Le défi de l'intégration des populations d'origine immigrée reste posé. Sur un air déjà entendu, la gauche défend le droit de vote des étrangers aux élections locales. « Le seul discours nouveau serait la remise en cause du colonialisme au XIXe siècle », estime Jean Viard. De son côté, François Hollande a lancé hier un appel aux grandes entreprises pour recruter dans les banlieues.
Ce mardi soir 21 février, le "ministère de la crise des banlieues" ferme ses portes après avoir reçu la visite du maire de Paris, Bertrand Delanoë, du sénateur PS Claude Dilain et de son remplaçant à la mairie de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) Olivier Klein. L'association AC le Feu de Clichy-sous-Bois, fondée au lendemain des émeutes de novembre 2005, a ouvert ce "ministère" éphémère à l'hôtel Chalon Luxembourg, rue Geoffroy de l'Asnier, dans le chic Marais à Paris, pour 48 heures.
"Par cette action pacifique et symbolique", explique son président, Mohamed Mechmache, AC le Feu aimerait que la banlieue redevienne une des priorités de la campagne présidentielle. L'association a appelé les candidats à venir les voir. " Ce n'est pas la banlieue qui descend à Paris pour tout casser, précise Mehdi Bigaderne, adjoint à la vie associative et à la cohésion sociale de Clichy-sous-Bois, mais c'est la banlieue qui vient rappeler à ses politiques tous partis confondus qu'elle fait aussi partie du patrimoine. Cette fois-ci, comme on est proche de leur QG respectif, ils ne pourront pas trouver d'excuses."
La quarantaine de membres actifs de l'association veulent ainsi débattre avec les candidats des vingt-trois propositions sur l'emploi, le logement, l'éducation, la santé, la sécurité publique émanant de leur cahier de doléances rédigé en 2007 après un tour de France des quartiers. Face au Mémorial de la Shoah et à côté du Centre de la chanson, l'hôtel Chalon Luxembourg a du coup ouvert ses portes au public. Dans un des salons aux boiseries vieillissantes, une banderole d'AC le Feu réclame "une politique choisie mais non subie".
Datant de 1625, don d'un architecte en 1948 à la Ville de Paris, l'hôtel vétuste accueillait avant sa fermeture l'Institut d'histoire du Vieux-Paris. C'est d'ailleurs avec l'accord de la Mairie qu'AC le Feu peut l'occuper. L'électricité a été rebranchée, mais le poêle en faïence n'a pas été remis en service. Alors à l'intérieur, les membres d'AC Le Feu, surtout des étudiants en vacances scolaires, s'échauffent sur " le Plan Marshall des banlieues qui n'a jamais vu le jour " et sur le manque de place, en général, accordé à leurs quartiers dans les programmes des candidats de la présidentielle.
Lors d'un colloque au Sénat organisé par l'Institut Montaigne et les maires de banlieue (Le Monde du 03 février), AC le Feu avait déjà déploré cette absence de la campagne 2012. "Pourquoi faut-il qu'on organise ce genre d'actions pour qu'on ne nous oublie pas ?, s'interroge Mohamed Mechmache. Je n'arrive pas à me l'expliquer, soit parce que certains considèrent qu'on est déjà un électorat acquis ou au contraire qu'on est trop d'abstentionnistes." Après sa venue, mardi soir, Bertrand Delanoë accordait à l'association une journée de plus pour mener à bien sa mission.






