Les Echos - 27/02/2012 - Industrie : une priorité affichée par les deux candidats - Par Pierre-Alain FURBURY et Renaud CZARNES
L'un comme l'autre se sont positionnés sur le « produire en France ». Et l'un et l'autre mettent l'accent sur les PME, Nicolas Sarkozy se targuant d'avoir coupé l'herbe sous le pied de François Hollande en créant, le mois prochain, une banque de l'Industrie. Cela faisait des mois que le PS préconisait la création d'une banque publique d'investissement - déclinée sous forme de fonds régionaux. Pour le reste, les projets du président sortant et de son rival diffèrent très largement.
Tentant d'échapper à un bilan plombé par la crise (338.000 emplois en moins dans l'industrie durant le quinquennat), Nicolas Sarkozy dit avoir « forgé les instruments d'une politique industrielle » avec le fonds stratégique d'investissement, le crédit impôt recherche ou la suppression de la taxe professionnelle. Dans la campagne, il porte deux grandes mesures en étendard. D'abord la « révolution » des accords de compétitivité-emplois à l'allemande, qui permettra si besoin d'augmenter la durée du travail ou de réduire les salaires. Ensuite la baisse des cotisations sociales payées par les employeurs, financée par la TVA sociale
Financement sur le long terme
François Hollande promet, lui, de revenir dessus s'il est élu. Il veut également mettre les PME-PMI au centre de la politique industrielle, en réorientant le financement privé et l'épargne vers le long terme (grâce à la création d'un « livret d'épargne industrie » qui fusionnerait le livret de développement durable et le livret d'épargne populaire) et en rééquilibrant le crédit impôt recherche entre les grands groupes et les PME innovantes. Le candidat PS compte mettre en place trois taux d'imposition sur les sociétés : 35 % pour les grandes, 30 % pour les petites et moyennes et 15 % pour les très petites. Enfin, il a promis vendredi sur le site de Florange d'ArcelorMittal, une loi obligeant les grandes firmes qui veulent fermer des unités de production à les céder pour que des repreneurs puissent venir. L'idée est compliquée à mettre en oeuvre. « Il faut trouver une solution en droit », reconnaît le député Bernard Cazeneuve, porte-parole du candidat.
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Le Nouvel Observateur. Le 17/02/2012. Source
L'usine, passage obligé des candidats en 2012
François Hollande est à Gandrange, site de l'aciérie Arcelor-Mittal fermée en 2009. Comme lui, les candidats insistent sur la politique industrielle face à la poussée du chômage, la multiplication des plans sociaux et... la montée de Marine Le Pen.
La stèle avait été érigée par la CFDT devant les défuntes aciéries. "Ici reposent les promesses de N. Sarkozy faites le 4 février 2008 à Gandrange : 'Avec ou sans Mittal, l'Etat investira dans Gandrange'", rappelait l'inscription en lettres d'or. François Hollande et Martine Aubry devaient s'y arrêter, mardi 17 janvier, pour une commémoration symbolique. Mais, la stèle a été volée dans la nuit du 7 au 8 janvier. Un symbole qui dérange.
Peu importe, les deux socialistes se rendront à Gandrange. Objectif : manifester l'attachement des socialistes à une France industrielle en voie de disparition et dénoncer l'incurie du président sortant qui n'a plus remis les pieds autour des hauts-fourneaux depuis ses promesses de début de mandat. Le candidat socialiste et la première secrétaire rencontreront aussi les syndicalistes d'Arcelor-Mittal qui se démènent pour sauver les derniers laminoirs et leurs deux mille emplois. "Il n'y a pas de fatalité à ce que la sidérurgie disparaisse, plaide Aurélie Filippetti, la députée socialiste du cru, en Moselle. La filière doit s'orienter vers des produits à très haute valeur ajoutée, qui marchent très bien en Allemagne et en Scandinavie." Dont acte ! Le 1er décembre dernier, François Hollande, accompagné de syndicalistes maison, était allé plaider auprès de José Manuel Barroso pour que la Moselle bénéfice du projet Ulcos, un programme sidérurgique européen à très faible émission de CO2.
Tous à l'usine ! En campagne électorale, les candidats à la présidentielle défilent dans les ateliers. Le rituel est immuable. Il s'agit de prendre le pouls de la France qui produit et de s'afficher parmi les travailleurs. Mais voilà, en cette année 2012, les visites à la chaîne ressemblent à un chemin de Croix. La "désindustrialisation" de la France - nouveau vocable pour un mal ancien ! - entre dans sa phase terminale : près de 900 usines ont fermé leurs portes ces trois dernières années. Sous l'effet de la mondialisation et de la crise financière, les investissements se raréfient, les plans sociaux se multiplient et le chômage des ex-cols bleus explose. Des quais de Calais (SeaFrance) aux raffineries de la vallée de la Seine (Petroplus), en passant par les chaînes agroalimentaires de Marseille (Fralib) monte une plainte désespérée qui alarme les prétendants à l'Elysée. No future !
Les experts électoraux confirment que les anciens prolétaires et les nouveaux précaires sont plus tentés que jamais par le vote Front national. Selon une récente enquête de l'Ifop, un tiers des ouvriers s'apprêteraient à apporter leur suffrage à Marine Le Pen, le 22 avril prochain. Alors que faire ? Que dire aux salariés menacés ? Et comment inverser la mécanique de la "désindustrialisation" ? Tous les candidats se souviennent des mésaventures de Jospin à l'orée des années 2000. "L'Etat ne peut pas tout", répondit alors le Premier ministre socialiste aux ouvriers de Michelin menacés de délocalisation par une multinationale pourtant rentable. Parler vrai ou aveu d'impuissance ? Deux ans plus tard, son embarras face à la colère des "Lu", condamnés par Danone, scella le divorce entre le PS et le peuple des usines. Sarkozy le comprit et érigea le volontarisme en principe de communication. Son principal fait d'armes : le sauvetage des chantiers navals de l'Atlantique (Alstom), rendu possible dès 2004 par une intervention de l'Etat, au nez et à la barbe des gardiens européens de l'orthodoxie libérale. Depuis, le président s'est rendu deux fois à Saint-Nazaire pour faire oublier son échec de Gandrange... "Dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, Sarkozy a multiplié les promesses sans suite", note Guillaume Bachelay, le secrétaire national à l'industrie du PS. En panne, le président sortant vient de s'emparer in extremis du dossier SeaFrance et jure qu'il reclassera les 880 salariés de la compagnie de ferries enterrée sans fleurs ni couronnes par la SNCF.
Dans l'opposition, Ségolène Royal a mené une expérience concluante, avec le sauvetage du constructeur automobile Heuliez. Grâce à une aide publique inédite de la Région Poitou Charentes et à un recentrage stratégique sur la fabrication de voitures électriques, 600 emplois ont pu être préservés. "Les solutions que nous avons mises en oeuvre peuvent s'appliquer à toutes les entreprises stratégiques, martèle Ségolène Royal, qui se verrait bien représenter le candidat Hollande auprès des salariés menacés. Dans le cas de SeaFrance, l'Etat aurait dû entrer au capital et orienter les efforts vers l'invention des transports par mer du futur."
Il y a fort à faire. Confrontés à la disparition des patrons d'industrie remplacés par des financiers hors d'atteinte, les syndicalistes alertent les politiques tous azimuts. "J'appelle les sièges des partis depuis plus de deux mois. Je recommence sans cesse jusqu'à ce que j'obtienne une réponse", explique Nicolas Vincent, délégué CGT à Petroplus. Tous les candidats ou presque ont défilé sur le site de raffinage. Et chacun y va de ses propositions : à Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) l'interdiction du licenciement ; à Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) des "visas sociaux et environnementaux sur toute marchandise qui entre en Europe" ; à Hervé Morin (Nouveau centre) l'"ouverture d'une ligne de crédit pour permettre à Petroplus de redémarrer"; à Eva Joly la "conversion écologique de l'industrie" ; et à François Hollande l'appel à l'Etat "pour trouver un repreneur". Le gouvernement ?"On a été reçus par un conseiller d'Eric Besson [ministre de l'industrie, ndlr], complètement à côté de la plaque", se lamente Nicolas Vincent, qui rêve d'afficher son combat sur les façades des mairies "comme les photos de l'otage Ingrid Betancourt"...
Pour les ouvriers victimes de lock-out, la médiatisation apparaît bien comme l'ultime planche de salut. "Je vous promets de parler de vous sur Canal+", lançait Arnaud Montebourg en prenant congé des "Continental" (1.120 suppressions de poste) au mois de septembre dernier. En période électorale, les leaders syndicaux font jouer la concurrence. Le 4 janvier dernier, Xavier Mathieu, leader charismatique des "Conti", fustigeait l'absence de François Hollande au rendez-vous de son procès et l'accusait de "lâcher la classe ouvrière". Le candidat socialiste était pourtant représenté par Laurence Rossignol, la sénatrice de l'Oise, qui avait bien du mal à faire passer son message : "Hollande et Aubry sont du côté des Conti !" Le candidat socialiste, il est vrai, entend choisir ses terrains d'intervention. "Il n'est pas question pour lui de faire le tour de France des usines qui ferment. Il veut surtout parler de réindustrialisation et visiter des entreprises qui marchent !" précise-t-on dans son entourage.
Seule Marine Le Pen n'est pas la bienvenue dans les usines. "On ne contacte pas les responsables du FN. On est syndicalistes et on sait ce qu'ils défendent", explique David Baré (CFDT), de SeaFrance. Avant d'ajouter : "Maintenant, s'ils ont quelque chose pour nous, tant mieux !" Une porte entrouverte ? Dans l'entourage de la candidate d'extrême droite, on juge le défilé des autres candidats "racoleur", "hypocrite" voire "ridicule". Mais on considère que Marine Le Pen est déjà très entendue même si les syndicats lui font barrage. "Il y a rupture entre ceux qui parlent et ceux qui bossent, entre les représentants syndicaux et les ouvriers", assure Steeve Briois, secrétaire général du FN. Cette base silencieuse est visée par les diatribes frontistes contre la mondialisation et l'Europe communautaire, fossoyeuses de l'industrie tricolore. "Le monde des usines et les classes populaires sont en opposition avec l'Union européenne telle qu'elle est. Or le PS et l'UMP ne peuvent pas rompre avec ça, personne ne le croit", argue Louis Aliot, numéro deux du FN.
"Produire français" ! La plupart des candidats refusent d'abandonner ce thème à l'extrême-droite. Comme en 2007, François Bayrou fait du rétablissement industriel l'un des points clés de son discours de candidat à la présidence. "Nous devons absolument reconstruire l'outil de production. Cela demande un effort sur la durée, pour lequel j'appelle à l'union nationale", a-t-il clamé lors d'une visite en Moselle. François Hollande, qui a affiché la même priorité lors d'une visite chez Alstom, au Creusot (Saône-et-Loire), compte dévoiler dans les prochains jours son "pacte productif" : une véritable politique industrielle soutenue par les financements d'une banque nationale d'investissement industriel, la relance du crédit d'impôt recherche, une fiscalité incitative sur les bénéfices et la réorientation de l'épargne vers les PME créatrices d'emplois. "Il faut tout faire pour que nos PME puissent devenir des entreprises de taille intermédiaire capables d'affronter la concurrence internationale comme les entreprises allemandes", explique Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, chargé du pôle "production" dans l'équipe de la campagne socialiste. "Nous ne voulons pas que notre pays devienne un parc d'attractions ou un musée du village global", assène le très productiviste Guillaume Bachelay, un fabiusien passé au service d'Hollande. Tout sauf du Jospin !
Les candidats : tous à l'usine
Le Parisien - 30/01/2012 - Les candidats pointent à l'usine - Par Ava DJAMSHIDI
Fralib, Petroplus, Paru-Vendu, M-Real, Merck… Au fil des plans et conflits sociaux, les concurrents engagés dans la course à l’Elysée n’hésitent pas à enfiler blouses et casques de chantier et à pousser la porte des entreprises en péril. Les usines sont devenues un passage obligé de cette campagne où tous se disputent le vote ouvrier.
Ces déplacements dans des sites emblématiques du déclin industriel de la France permettent aux candidats de poser leurs diagnostics mais aussi de proposer leurs remèdes en matière d’emploi et de lutte contre la désindustrialisation.
Ces visites express très médiatisées aux côtés des ouvriers donnent aussi aux prétendants à l’Elysée l’occasion de se démarquer de leurs concurrents. Sept d’entre eux ont ainsi sauté sur l’occasion en décembre dernier.
Des symboles qui peuvent coûter cher aux politiques
A l’invitation des salariés du site de la raffinerie Petroplus, Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste), Dupont-Aignan (Debout la République), Hollande (PS), Joly (Europe Ecologie-les Verts) et Arthaud (Lutte ouvrière) se sont pressés à Petit-Couronne, en Seine-Maritime. Mélenchon (Front de gauche) et Morin (Nouveau Centre) s’y sont même bousculés le même jour!
Mais l’exercice n’est pas nouveau. C’est même un classique des campagnes présidentielles. Le contexte électoral dramatise les enjeux économiques.
Et les conflits sociaux sont érigés en symboles qui peuvent parfois coûter cher aux aspirants à la fonction suprême. « L’Etat ne peut pas tout », avait ainsi lâché Lionel Jospin, en 2000, à l’usine Michelin. Pour avoir avoué à demi-mot son impuissance à empêcher les licenciements, le Premier ministre traînera deux ans plus tard cette phrase comme un boulet. A un mois du 1er tour de 2002, l’accueil très rude réservé par les employés de Danone-Lu, à Evry - Ris-Orangis (Essonne) lui avait aussi causé du tort.
Le Nouvel Observateur. Le 10/02/2012. Source
Henri Proglio, le patron d'EDF, a déposé in extremis une offre d'achat du fabricant de panneaux photovoltaïques.
Il ne suffit pas au président-candidat Sarkozy de glorifier le "fabriqué en France", de rouler des mécaniques devant les centrales nucléaires, d’interdire aux grands groupes tout plan social voyant ou d’instaurer une TVA sociale à la hussarde. Ces dernières semaines, il s’arrange aussi pour que ses amis - qui jurent, la main sur le cœur, ne pas avoir eu de consignes en ce sens - sauvent de manière très publique les PME en péril. Enfin, celles qui ont eu l’habileté de médiatiser leur cause... Avis aux amateurs : ni Bouygues, ni Bolloré n’ont encore fait leur BA !
Hier, Bernard Arnault, P-DG du groupe de luxe de LVMH, faisait en effet reprendre par un sous-traitant de la région les ouvrières "Lejaby" d’Yssingeaux (Haute Loire). Aujourd’hui, c’est Henri Proglio, le patron d’EDF, qui s’y colle déposant in extremis - avant la date limite du tribunal de commerce le 10 février - une offre d’achat du fabricant de panneaux photovoltaïques PhotoWatt, en redressement judiciaire. Il promet la reprise de 345 de ses 430 salariés, et le reclassement des autres.
"Une provocation"
EDF avait pourtant, en janvier encore, exclu tout geste. Est-ce un hasard ? Nicolas Sarkozy devrait se rendre, mardi prochain, au siège de la PME de Bourgoin-Jallieu (Isère), pour faire mousser lui-même la bonne nouvelle. Cocasse, quand on sait que les difficultés de la filière résultent à la fois de la politique en accordéon du gouvernement sur les prix de rachat de l’électricité solaire… et de la vision politico-industrielle des géants du secteur - comme EDF ou Total - qui n’ont jamais pris ces énergies alternatives au sérieux.
Autre sport favori de la majorité, ces jours-ci : montrer du doigt les patrons "antipatriote". L’ex-ministre de l’industrie Christian Estrosi mérite à cet égard le prix du Tartuffe de l’année : il feignait de découvrir, vendredi, que Renault avait fait du "low cost" l’un des piliers de sa stratégie industrielle. "Je suis scandalisé ! Cette affaire est une provocation. Alors que le gouvernement annonce une taxe anti délocalisation et une baisse de 5,4 % sur les charges des entreprises pour les rendre plus compétitives, Renault nous dit "on s’en fiche" et inaugure une usine au Maroc pour produire 170 .000 véhicules et même 300.000 à terme, dont certains seront destinés au marché français ou européen", a-t-il déclaré au Parisien. Comme si le projet de Tanger, inauguré la veille par le roi du Maroc, avait pu échapper à la vigilance de l’Etat, présent au capital du constructeur… et fort de deux administrateurs à son conseil !
Europe 1. Le 14/02/2012. Source
Les oubliées de Lejaby veulent faire entendre leurs voix. Une semaine après l'annonce de la reprise du site Lejaby d'Yssingeaux, en Haute-Loire, avec la sauvegarde de 93 emplois, les ouvrières des autres sites du groupe se sentent un peu oubliées.
"Ce que j'ai à dire à Nicolas Sarkozy, c'est qu'il n'est pas loin. Il va être à Bourgoin-Jallieu. Pourquoi ne fait-il pas un détour par Lejaby aussi ? Pourquoi s'occuper de tout le monde, d'Yssingeaux et toutes ces femmes qui sont complètement désespérées de chez Lejaby Rillieux, pourquoi il ne vient pas essayer de trouver LA solution miracle ?", s'insurge Noëlle au micro d'Europe 1.
"Je déteste l'injustice et tout a été injuste chez Lejaby ! On a été licenciées au bout de 30 ans en 15 minutes. On est complètement perdues. On est sous antidépresseurs. Monsieur Sarkozy a dit qu'il n'oublierait pas les autres personnes de Lejaby", insiste la salariée de Lejaby.
"C'est le petit espoir que j'ai : qu'il tienne parole. Qu'il vienne nous voir aussi, nous les licenciées de Rilleux-La-Pape. On est comme toutes ces nanas d'Yssingeaux qu'il a reçues à l'Elysée. Qu'il vienne nous voir. Nous on a besoin de de travailler", conclut Noëlle.
Le Figaro. Le 20/02/2012. Source
Le site de Florange occupé par ses salariés
ArcelorMittal a prolongé au moins jusqu'à fin juin, la fermeture des hauts-fourneaux de Florange en Moselle. Les salariés réclament des garanties quant à la pérennité du site.
«Nous allons mettre les patrons de Florange au chômage en prenant le contrôle de l'usine». Edouard Martin, représentant de la CFDT au Comité d'entreprise européen d'ArcelorMittal, se veut offensif. L'occupation du site, prévue demain, est une conséquence directe de la prolongation jusqu'au 30 juin de la fermeture des deux hauts-fourneaux de Florange, les derniers de Lorraine. «La direction nous à fait comprendre que, sauf miracle, cette fermeture se prolongerait toute l'année,» poursuit Edouard Martin.
Depuis plusieurs mois, le premier producteur mondial d'acier a multiplié les annonces visant à réduire ses capacités de production. Espagne, Belgique, France mais également Roumanie et République tchèque ont été touchées. Aujourd'hui, seuls les hauts-fourneaux de Liège ne rouvriront jamais. Les autres fermetures sont, pour l'instant, temporaires.
Une mesure temporaire réaffirmée au ministre, Eric Besson
Hervé Bourrier, président d'ArcelorMittal France, a réaffirmé ce caractère «temporaire» à Eric Besson, ministre de l'industrie, la semaine dernière. Les salariés comme les syndicalistes craignent pourtant de plus en plus que cette fermeture ne devienne définitive. Afin d'obtenir des pouvoirs publics l'assurance de «la survie du site», des salariés d'ArcelorMittal ont occupé ce lundi les locaux de la direction de l'usine. Mais les indices qui vont dans le sens d'une fermeture définitive commencent à être nombreux.
«Un haut-fourneau est conçu pour tourner en permanence, explique un spécialiste du secteur. Il se dégrade lorsque ce n'est pas le cas.» Le premier haut-fourneau de Florange est fermé depuis juin. Le second depuis octobre. Et les investissements de maintenance sont réduits. Quelques uns ont été réalisés en fin d'année dernière mais «il n'y a plus rien depuis un mois et demi» constate François Pagano, délégué CFE-CGC. «L'outil industriel se dégrade, se désole Edouard Martin. Avec le froid, certaines conduites ont éclatées.» Pire: «Les fondeurs commencent à être reclassés dans le groupe. Les dirigeants ne s'y prendraient pas autrement s'ils comptaient fermer Florange.»
La reprise des commandes n'a pas changé la donne
La reprise des commandes n'a pas permis de relancer l'usine. Aditya Mittal, directeur financier d'ArcelorMittal, a expliqué lors de la publication des résultats 2011 que «les expéditions sont bien meilleures qu'au 4e trimestre 2011, mais nous sommes encore loin des volumes de 2006, 2007 et 2008». Ce qui n'a rien d'étonnant, ces années étant excellentes.
François Pagano explique que «la business unit Nord, qui comprend Dunkerque, Florange, le Benelux et l'Allemagne, a enregistré 3,7 millions de tonnes de commandes pour le deuxième trimestre 2012 alors que ses capacités de production sont de 3,8 millions. Les usines tournent donc à 97 % de leur capacité. A un tel niveau, il serait possible de rouvrir Florange afin d'éviter un éventuel engorgement.»
Finalement, la fermeture serait conforme à la stratégie du groupe de se concentrer sur les très grandes unités de production en façade maritime, à Dunkerque et Fos sur mer en France ou Brème en Allemagne. Les justifications avancées pour la fermeture de Liège semblent ainsi parfaitement applicables à Florange. «ArcelorMittal envisage un gain de 56 euros par tonne qui serait à porter au crédit de la fermeture de Liège et du transfert de la production de brames (NDLR: matière première utilisée pour la fabrication des tôles) vers Dunkerque» précise le cabinet Laplace Conseil, dans une étude commandée par la région wallonne. Le gain avancé est identique à Florange: «Les dirigeants d'ArcelorMittal expliquent que faire venir des brames depuis Dunkerque fait gagner 50 euros par tonne,» confirme François Pagano.
Avec la multiplication des actions «coup de poing», certains comptent bien mettre Florange au cœur de la campagne électorale actuelle. «Obtenir un engagement formel d'une entreprise privée semble compliqué,» reconnaît pourtant l'entourage d'Eric Besson. Une conclusion à laquelle adhère François Pagano pour qui la seule solution est de «convaincre Lakshmi Mittal de l'intérêt économique de Florange».
«Ulcos» ou le dernier recours
Tous les acteurs de l'acier lorrain citent le projet Ulcos, acronyme anglais pour «processus sidérurgique à très basses émissions de CO2», comme planche de salut de Florange. Lancé en 2004, il s'agit d'un programme visant à trouver de nouvelles techniques permettant de produire de l'acier avec moins de dioxyde de carbone (CO2). Les investissements pour le mener à bien sont colossaux: 650 millions d'euros! Le gouvernement français a d'ores et déjà promis 150 millions d'euros de financement. Et Bruxelles pourrait amener 250 millions supplémentaires. Les dirigeants d'ArcelorMittal ont promis de lancer Ulcos, et d'apporter le solde du financement, si les aides européennes sont accordées.
Sauf que plusieurs écueils ont surgi ces derniers mois. D'abord techniques. Les procédés développés par Ulcos font appel à la capture et au stockage de carbone. Or, des spécialistes commencent à remettre en cause cette technique tant pour des raisons environnementales que d'efficacité.
Ensuite, le prix des quotas de CO2 s'est effondré ces derniers mois, rendant les projets visant à réduire les émissions de CO2 moins pressants à mettre en œuvre. Et rien ne permet de penser que les prix vont rapidement remonter. En période de difficultés économiques, comme c'est le cas actuellement, les entreprises risquent d'être réticentes à investir dans de telles technologies s'il n'y a pas de conséquence financière immédiate.
Au final, il ne fait guère de doute qu'ArcelorMittal prendra la décision de relancer, ou pas, Florange sur la base des seuls critères économiques. «La direction d'ArcelorMittal nous a clairement indiqué que Florange redémarrait si le marché le justifie, et pas uniquement si Ulcos voit le jour», précisait récemment Michel Liebgott, député de la région de Florange.
Libération. Le 24/02/2012. Source
L'«usines tour» des candidats à la présidentielle
Alors que l'un file à la rescousse de Petroplus, les autres vont épauler les salariés d'Arcelor Mittal. Tour de France des boîtes emblématiques de la campagne, où les candidats, sur fond de débat sur la réindustrialisation, se marquent à la culotte.
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