Jean - Luc Mélenchon : le candidat
Portrait
Campagne
Ses atouts et faiblesses
Les signatures
L'investiture par les militants communistes
Les Inrocks - 11/03/2012 -Mélenchon: « Je jetterai la clé de l’Elysée dans la Seine » - Par Serge KAGANSKI

Rue 89 - 02/03/2012 - Oui, Mélenchon fait la meilleure campagne. Et après ? - Par Eric DUPIN

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Ses atouts et faiblesses
Les signatures
L'investiture par les militants communistes
Les Inrocks - 11/03/2012 -Mélenchon: « Je jetterai la clé de l’Elysée dans la Seine » - Par Serge KAGANSKI
Jean-Luc Mélenchon semble sincère lorsqu’il dit faire passer l’intérêt général avant son ambition personnelle. Mais comment concilier cela avec l’aventure ultra-individuelle d’une candidature à la présidentielle ? Portrait d’un trublion sorti tout droit des Lumières.
« Alors, on boit la boisson de l’ennemi !, me lance un Jean-Luc Mélenchon mi-sérieux, mi-blagueur. Vous avez soif ? Buvez de l’eau ! » Nous sommes le 15 février, dans l’arrière-salle d’un café de Strasbourg, et je viens de commander un Coca. On suit le TGV Mélenchon en campagne depuis deux jours dans le but de dresser son portrait, de gratter un peu derrière le programme, les discours et les slogans, d’essayer de sonder l’épaisseur de l’homme derrière l’image forcément réductrice de « populiste de gauche au caractère de cochon ». Bien qu’ouvert, cash, chaleureux, direct dans le contact, le candidat du Front de gauche est un poil sur la défensive : « Dans les portraits, il y a toujours une incitation au narcissisme qui me gêne un peu. » Certes, cher Jean-Luc, mais se présenter à la présidentielle de son pays n’est-il pas, sinon une preuve irréfutable de grosse tête, au moins le signe d’un ego au-dessus de la moyenne ?
Grecs et coffre-fort
Deux jours auparavant, à Paris, devant un parterre de journalistes étrangers, Mélenchon a fait le show, conforme à son image de tribun populaire. A part les Grecs qui s’intéressent un peu à lui pour les raisons qu’on imagine, nos collègues internationaux nous ont appris que Jean-Luc Mélenchon est un illustre inconnu en dehors de l’Hexagone. Du Japon à l’Allemagne, et de l’Espagne à la Hongrie, on ne le connaît que pour des sujets particuliers comme sa position sur le nucléaire (au Japon) ou sa proximité avec le communisme (en Hongrie).
En pleine forme rhétorique, Méluche s’est employé à bien se faire connaître, répondant à un confrère germanique en incendiant la politique européenne d’Angela Merkel et en pilonnant les failles du modèle allemand, ou lançant à une journaliste suisse : “Vous pouvez prévenir vos dirigeants et vos banquiers qu’avec moi, c’en sera terminé du rôle de votre pays comme coffre-fort défiscalisé de la planète entière.” Du Mélenchon sans filtre, quasiment en mode meeting ou passage télé, pugnace, droit dans ses bottes rouges, stylisé et relevé d’humour.
Mais dans la banlieue strasbourgeoise de Neuhof (l’une de celles rendues célèbres par leur taux de voitures brûlées pendant le réveillon de la Saint-Sylvestre), au milieu des médecins d’un centre de santé associatif, on découvre une autre facette de Jean-Luc Mélenchon : courtois, décontracté, disponible, et surtout silencieux, à l’écoute. Face à la trentaine de professionnels de santé qui lui expliquent les subtilités de la sécurité sociale alsacienne (différente du reste de la France, et qui rembourse mieux) et les problèmes d’accès aux soins dans les quartiers défavorisés, Mélenchon redevient un élève, ou plutôt un homme politique qui ne prétend pas tout savoir du haut de son estrade et qui sait prendre le temps (deux heures) de tâter le pouls du pays.
Loin des limousines noires, des cortèges, des grappes de micros et caméras, et des gardes du corps qui accompagnent généralement les gros candidats, Mélenchon se déplace en voiture banale, va à pied dans les rues de Strasbourg sans protection rapprochée si ce ne sont les quelques collaborateurs de son équipe de campagne. Qu’elles soient calculées ou naturelles, son attitude, sa manière d’être et de se déplacer sont celles d’un homme comme les autres, d’un citoyen ordinaire.
Santerre et ses pères
Par son verbe truculent et son positionnement politique, Mélenchon pourrait faire figure de Georges Marchais d’aujourd’hui. Or, curieux paradoxe, c’est à François Mitterrand qu’il voue une admiration inconditionnelle. “Oui, j’ai été mitterrandiste, mais les gens ne savent plus ce que recouvre ce terme. Comme tout homme, Mitterrand avait une part de lumière et une part d’ombre, mais, globalement, ce qu’il a accompli nous a instruits. Je crois à la fidélité et à la loyauté de la mémoire. Je n’ai pas une affection aveugle pour Mitterrand, mais je viens du rang et je suis heureux d’avoir connu le président de mon pays. Je ne fais pas partie de cette bonne société où on naît avec une cuiller en argent dans la bouche et où on est toujours revenu de tout. Mitterrand, c’est l’homme qui a nationalisé les banques et l’industrie et leur a foutu la pétoche.”
Sans remonter jusqu’à Vichy ou la IVe République, Mitterrand fut aussi l’homme du tournant de la rigueur, de la continuité de la Françafrique, de la protection de René Bousquet, du cadeau de la cinquième chaîne à Berlusconi… Coauteur avec Lilian Alemagna d’une biographie de Mélenchon (Mélenchon le plébéien, Robert Laffont), le journaliste de Mediapart Stéphane Alliès est sidéré par le mitterrandisme de Mélenchon et par son syncrétisme politique.
Il y voit un mélange de positionnement idéologique et d’affects profonds : “Mélenchon est dans l’idolâtrie revendiquée, il ne reconnaîtra aucun défaut à Mitterrand. Le tournant de la rigueur selon lui, c’était Delors. Il a un problème mal résolu avec le père. Il a été élevé par sa mère, il a très peu vu son père. Il a eu plusieurs pères en politique : Germon (son premier parrain socialiste à Massy – ndlr), Mitterrand, Jospin. Son pseudo à l’OCI (Organisation communiste internationaliste – ndlr) était Santerre, nom du garde républicain qui a mené Louis XVI à l’échafaud. Mais de Santerre à sans terre ou sans père… Il dit souvent qu’il est un métèque, évoquant son déracinement du Maroc. Il est revenu en France en même temps que les rapatriés d’Algérie, et il confond souvent les deux pays, Algérie et Maroc. Depuis son rapprochement avec les communistes, il m’épate par sa capacité à réaliser la synthèse entre les socialistes, les communistes, les trotskistes, les altermondialistes… A la fin des meetings, il fait chanter L’Internationale et La Marseillaise. Faire chanter La Marseillaise aux gauchistes l’amuse !”
Mélenchon relie trotskisme, PS et alliance avec les communistes par le fil conducteur des Lumières, un humanisme militant qui l’a mené de Voltaire à Marx, de Rousseau à l’écologie politique. Ce sont aussi les Lumières, la laïcité, et sa propre généalogie qui le rattachent à une entité plus inattendue, la franc-maçonnerie. “Après 1983, explique Mélenchon, je suis revenu à mes fondamentaux, les Lumières. C’est pourquoi je suis entré dans la franc-maçonnerie, à laquelle appartenaient aussi mon père et mon grand-père. Je n’ai d’ailleurs pas apprécié que l’on mette mon engagement maçon sur la place publique, non pas que ce soit un secret en soi, mais je ne voudrais pas qu’on imagine que mes décisions sont prises ailleurs que dans mon mandat, mon programme et mes convictions politiques.”
Selon Alliès, la confrérie est un refuge pour Mélenchon, qui peut facilement déprimer après une claque politique, comme ce fut le cas avec le virage de la rigueur de 1983, mais aussi après sa défaite aux cantonales de 1992 ou le 21 avril 2002. Pour complexifier encore un peu plus le portrait politique de celui que beaucoup considèrent comme un « laïciste », Mélenchon rappelle aussi son imprégnation religieuse du côté de sa mère catholique. En bon laïc, il dit n’avoir aucun problème avec la foi ou les croyants, seulement avec les institutions religieuses quand celles-ci veulent se mêler des affaires de la cité : « Ma mère était chrétienne, pratiquante, mais elle a su me montrer ce qu’était la pauvreté, dans des endroits où elle ne manquait pas, au Maroc puis en Normandie. Le lien que ma mère a établi entre sa foi et son indignation devant la pauvreté m’a influencé, je ne peux pas le nier, il fait partie de ma personne, de mon histoire. »
Moutons électriques
Enfance, éducation, religion, jeunesse trotskiste, compagnonnage socialiste ou maçonnique, Mélenchon ne renie rien, assume sa polysémie, ses évolutions, ses virages. Rien d’anormal, quelle vie est rectiligne ou univoque ? Une chose cependant le distingue vraiment des autres candidats (à cette élection et aux précédentes) : il est le seul célibataire officiel, le seul dont on ne sache pas grand-chose de la vie privée, conjugale, affective, parentale, le seul des impétrants importants qui n’a jamais posé dans Match avec femme et enfants.
On sait qu’il a été marié jeune, qu’il a eu une fille, qu’il a divorcé dans les années 1990, qu’il aimerait écrire un roman d’amour (il l’a dit dans Gala) et c’est à peu près tout. “Je ne parle pas de ma vie privée d’abord par éthique républicaine, martèle Méluche. Je suis candidat, c’est moi, pas ma compagne, mes proches ou mon chien. Ensuite, je n’en parle pas par respect des miens. Eux n’ont pas choisi ma vie. C’est déjà pénible de me supporter, avec tout ce que je trimballe, des calendriers invraisemblables, des heures de disponibilité inouïes, et il faudrait qu’ils subissent en plus la médiatisation ? Ils ne le souhaitent pas et je dois respecter ça. Vous n’imaginez pas le caractère offensant de l’inquisition dans la vie privée des gens. De quel droit mes proches ou ex-proches subiraient la pression de ma vie publique ? N’oubliez pas que mon engagement politique est ancré dans le refus de se soumettre. Le sentiment d’émancipation est ce qu’il y a de plus profond en moi. Je ne tiens pas compte de ce que font les autres, j’essaie de me comporter en accord avec moi-même.”
Stéphane Alliès, qui le suit depuis longtemps, confirme que le candidat du Front de gauche tient parfaitement sa ligne anti-people, n’est jamais vu publiquement au bras de quiconque. Dans le sillage de cette séparation vie publique-vie privée, Mélenchon ne traîne aucune casserole financière, entretient un rapport très sain à l’argent, culpabilise dès qu’il gagne plus de 4 000 euros par mois. Ce n’est pas de ce côté de la gauche scrupuleusement honnête que le journaliste en mal de scoop tombera sur une affaire DSK ou Woerth-Bettencourt.
En revanche, quand Alliès nous apprend que Méluche se chauffe avant les meetings en chantant du Brassens, et qu’en dehors des essais philosophiques ou historiques, le frontiste de gauche apprécie les westerns et dévore la littérature de science-fiction, on découvre la culture Mélenchon – plutôt surprenante : “Je m’intéresse à tout ! Je suis partisan acharné de la littérature de gare parce que c’est là que j’ai découvert le plus de livres. J’ai dû lire 700 romans de science-fiction ! Ça peut paraître loin du matérialisme, mais je suis un matérialiste gramscien : l’identité culturelle est aussi importante que l’identité sociale. J’ai appris à écrire grâce aux bouquins de sci-fi. Le vrai titre de Blade Runner est Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? J’aime aussi beaucoup Kurt Vonnegut, écrivain qui était très anti-guerre du Vietnam. Il y a d’autres rencontres imprévues. L’année de la Chine m’a amené à acheter tous les romans traduits du chinois. J’en ai lu une centaine. J’assume d’être un personnage hétéroclite, sans méthode dans ses prospections culturelles. C’est une illustration de couverture qui m’a amené à lire mon premier roman de Van Vogt, Le Monde des A. Ça semble misérable comme entrée dans une oeuvre, et pourtant, ça m’a mis sur la piste. Je suis un méditerranéen volubile mais j’ai parfois besoin du silence, de me retrancher, pour mettre les choses à distance. Mais je raconte tout ça, est-ce que c’est si intéressant ? Ce qui est intéressant, c’est ce que je propose politiquement. Le reste… Nous nous valons tous.”
De Cincinnatus à Hibernatus
Mélenchon rêve-t-il de moutons électriques ? Ou de lendemains qui chantent ? Après avoir sondé certains vrais ou faux paradoxes mélenchoniens, on en revient à la question du portrait et du narcissisme. Quand on entend représenter le peuple, les travailleurs, l’intérêt général, comment concilier cela avec l’aventure ultra-individuelle, piédestalesque d’une candidature à la présidentielle dans le cadre si particulier et monarchisant de la Ve République ?
“Je n’adhère pas du tout au cirque entourant la présidentielle, poursuit un Méluche de plus en plus exalté. Je suis candidat parce que c’est le cadre institutionnel dans lequel on se bat. Mon projet, c’est la VIe République. Vous serez stupéfait de voir ce que je vais faire si je suis élu. Je convoquerai une Constituante, cette Constituante établira, je l’espère, un régime parlementaire comme dans toutes les démocraties européennes, et dès que ce nouveau régime aura été adopté, je jetterai la clé de l’Elysée dans la Seine et je rentrerai chez moi ! Il y a en moi du Cincinnatus (empereur romain qui a volontairement abdiqué pour retourner cultiver ses terres – ndlr). Mon ambition n’est pas le pouvoir, pour une simple raison : j’ai déjà tout eu. J’ai été le premier bachelier de ma famille. J’ai été président délégué d’un conseil général. J’ai été sénateur. J’ai été ministre. Donc, en ce qui concerne la carotte de la carrière, les honneurs, ma vie a été débarrassée assez vite de cette forme triviale de l’ambition. Par conséquent, je suis dans un autre degré d’ambition, qui est de faire des choses à la hauteur de mes rêves de jeunesse et de ceux de mes contemporains. Il y a des gens comme moi qui n’ont jamais cessé de croire qu’on pouvait construire un paradis, ici et maintenant. Ça peut paraître très prétentieux, mais je m’en fiche ! C’est ça qui me fait me lever le matin et accepter cette vie infernale. Longtemps, ce n’était pas mon moment, j’étais trop ceci, pas assez cela. Aujourd’hui, je suis libéré, j’ai le kairos, ma tâche consiste à refonder le socialisme historique régénéré par l’intelligence de l’écologie politique. Le pain noir de la gauche, c’est fini ! A partir d’aujourd’hui, il y a chaque jour un peu plus de lumière.”
Un homme politique de premier rang qui se bat pour des idées, pour l’intérêt général, et non par ambition personnelle, on en rêvait. Mélenchon serait donc celui-là ? Peut-être, mais si les sondages disent vrai, l’Elysée est encore loin. Le catholicotrotsko-socialo-mitterrando-écolo-laïcomaçono-k.dickien Méluche ne pourra espérer à court terme qu’un maroquin dans l’éventuel futur gouvernement socialiste, ou bien continuer à porter la bonne parole d’un socialisme historique revu par l’écologie pour viser éventuellement 2017.
En attendant la suite de l’aventure, alors que mon Coca s’est éventé dans la nuit strasbourgeoise et sous le feu nourri de la parole mélenchonienne, laissons la conclusion provisoire à son biographe, Stéphane Alliès : « Parfois, il avoine les journalistes sans raison, puis le lendemain, il est très sympa, très pédago, prêt à discuter et expliquer des heures. Il est cyclothymique. En fait, il est très affectif, il ne supporte pas qu’on ne l’aime pas. Par exemple, il n’a toujours pas digéré son 12 en philo au bac. En même temps, il dit tout le temps de ne pas crier son nom dans les meetings. Il sait faire la part des choses entre son ego et la politique, mais dans l’intimité, on sent qu’il aime qu’on l’aime. Il est à la fois sincère et mégalo. Il se voit dans l’histoire, dans les traces de Jaurès. C’est un politique à l’ancienne, très années 70. On sent qu’il aimerait fermer la longue parenthèse de la rigueur, reprendre le fil d’avant 83, ça peut avoir un côté Hibernatus. En même temps, on voit beaucoup de jeunes dans ses meetings, il a une dimension spectaculaire qui redonne le goût de la politique aux nouvelles générations. »
Rue 89 - 02/03/2012 - Oui, Mélenchon fait la meilleure campagne. Et après ? - Par Eric DUPIN
Osons l’écrire. Pour l’heure, c’est Jean-Luc Mélenchon qui conduit la meilleure campagne présidentielle. Le talent du candidat du Front de Gauche est même salué par un vétéran du commentaire politique, Alain Duhamel (71 ans), peu suspect de complaisance envers quelque forme de radicalisme que ce soit :
« Aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon, il est grandiloquent, il est provocateur, il est outrecuidant, même très souvent méprisant, mais c’est le meilleur orateur de la scène politique française. Et je n’ai pas le souvenir d’un orateur tout droit sorti du milieu du XIXe siècle, comme lui, mais qui arrive à emballer littéralement non seulement les salles, mais même les studios de télévision. »
« Roi des meetings »
Si le moderne chroniqueur de RTL perçoit le tribun Mélenchon comme une créature d’il y a deux siècles, il est obligé d’admettre que le succès est au rendez-vous de ses réunions publiques. Le Parisien a récemment sacré le candidat du Front de Gauche « roi des meetings ».
Ceux-ci attirent effectivement une foule impressionnante : environ 10 000 personnes le 7 février à Villeurbanne (Rhône) pour un étrange meeting sur deux étages et quelque 8 000 participants le lendemain à Montpellier (Hérault). Une assistance enthousiaste et bigarrée. Des électeurs communistes plutôt âgés, qui ont retrouvé la fierté de voir le drapeau rouge à nouveau brandi, côtoient des jeunes de milieux assez divers, séduits par le Parti de gauche de Mélenchon.
A ce stade, cette ferveur ne se traduit que par une lente progression dans les enquêtes d’opinion (de 6,5% à la mi-janvier à 9% selon le sondage en continu de l’Ifop). Le candidat du Front de Gauche est actuellement crédité de 8 à 9,5% des intentions de vote selon les instituts. Mais il est envisageable que la dynamique de la campagne lui soit profitable. Voire, pourquoi pas, qu’il dépasse François Bayrou.
Le champion de l’antilepénisme
Mélenchon est d’ores et déjà persuadé d’avoir remporté une victoire majeure face à Marine Le Pen. Lancer une attaque frontale et brutale contre le FN, ménagé par ceux qui, à l’UMP et parfois même au PS, n’oublient pas l’enjeu des reports de voix, fut un choix stratégique mûrement réfléchi. La candidate d’extrême droite est peut-être tombée dans la provocation tendue par le Front de Gauche en refusant de débattre avec Mélenchon, sur France 2, le 23 février.
Alexis Corbière, dirigeant du Parti de gauche, faisant « partie d’une génération militante ayant commencé à militer dans le milieu des années 80 qui a toujours souffert de la présence du Front national dans le paysage politique », se frotte les mains :
« [Marine Le Pen] refusera de lui adresser la parole, mais Jean-Luc ne lâchera rien. Sur le plan médiatique, l’image est terrible pour elle. La grande force d’extrême droite qui clouait le bec aux contradicteurs dans les années 80, 90 et 2000, se tait à présent devant le Front de Gauche. Pour nous, le succès est total. »
Mélenchon explique, sur son blog, comment le choix d’attaquer son adversaire sur le droit des femmes, où la thématique de l’égalité sociale entre en contradiction avec la division entre les sexes traditionnelle de l’extrême droite (travail des femmes, avortement), obéissait à une stratégie calculée :
« Mon cap d’entrée avec elle sur le dossier de l’égalité homme-femme m’a permis d’entrer au cœur du rideau de fumée qui masque les contradictions d’orientation au FN. Notre intérêt tactique est donc de la laisser clouée là où elle est : dans cet “ entre deux ” asphyxiant pour le FN. Car sa tactique de quête de respectabilité l’a coupé de ses bases militantes actives et de ses milieux sociaux d’élection sans la rapprocher d’une capacité de relève sur la droite à la peine avec Sarkozy. »
Le seul à la gauche du PS
Le modérantisme assumé de Hollande, pimenté de temps à autre par quelques clins d’œil à gauche, dégage un espace pour la candidature Mélenchon. A rebours du « vote utile », celle-ci peut attirer un vote tactique d’électeurs socialistes peu rassurés par les orientations du candidat du PS. Elle s’ancre aussi et surtout dans une tradition de gauche communiste qui reste vivace en France malgré la marginalisation du PCF. Son programme, dévoilé dès septembre de l’année dernière, ose reposer les questions fondatrices de cette tradition historique :
« Notre programme prévoit l’extension de la propriété publique par le développement des services publics. Il promeut de nouvelles appropriations sociales par la nationalisation de grands leviers de l’action économique, industrielle et financière. Il propose des formes décentralisées de la propriété sociale. Il veut aussi systématiser le recours à l’économie sociale et solidaire. »
Pour autant, s’il est de formation trotskiste (version lambertiste), Mélenchon n’incarne pas seulement un nouveau visage du communisme français. La critique du productivisme et du consumérisme portée par le Parti de gauche, formation aux couleurs rouge et verte, apporte au mélenchonisme une composante écologique qui n’est pas un vernis.
Une fraction de l’électorat vert déçu par Eva Joly pourrait se retrouver dans sa démarche. Patriote et franc-maçon, Mélenchon s’essaiera, par ailleurs, à faire vibrer la corde républicaine. Ses meetings se terminent par « L’Internationale » mais aussi par « La Marseillaise », ce qui n’a pas été sans susciter quelques discussions parmi ses amis.
La faible notoriété des candidats du NPA et de Lutte Ouvrière l’aide enfin à capter une bonne part de l’électorat d’extrême gauche. Il est, cette fois-ci, pratiquement seul à occuper l’espace situé à la gauche du PS. Or celui-ci représentait 13,8% des électeurs en 2002 et encore 9% en 2007 malgré le souvenir du 21 Avril. C’est dire si Mélenchon a besoin de dépasser le seuil des 10% pour transformer ses talents politiques et oratoires en véritable performance électorale.
L'Express - 14/03/2012 - Jean-Luc Mélenchon, ses atouts, ses faiblesses - Par Adrien Pécout

Le temps fort de sa campagne, sa mesure emblématique, ses casseroles... L'Express dresse le portrait de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle.
Le temps fort de sa campagne
"Des Paroles et des actes". Lancée l'été dernier à Paris, place Stalingrad, la campagne de Jean-Luc Mélenchon a pris une nouvelle dynamique en 2012. Au rythme de ses apparitions télévisées. La première émission à avoir marqué les esprits, "Des paroles et des actes" sur France 2, s'est tenue le 12 janvier dernier. L'occasion d'initier les 3,3 millions de téléspectateurs au concept de "révolution citoyenne". Jamais à court de bons mots, Mélenchon assure le spectacle face aux journalistes. Avec Marine Le Pen, le courant passe moins. En février, la patronne du FN l'a snobé durant vingt minutes à l'occasion d'un vrai-faux débat.
La mesure qui lui sert de signature
Au-dessus de 360 000 euros, il prend tout ! Le candidat du Front de gauche entend taxer à 100% tous les revenus annuels supérieurs à 360 000 euros par an. C'est-à-dire 30 000 euros mensuels. De quoi rappeler les propos du communiste Georges Marchais devant Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, en 1981, sur les grosses fortunes. Mesure phare de Mélenchon, au même titre que la promesse d'un Smic à 1700 euros, cette proposition suppose la création de 9 nouvelles tranches progressives d'imposition.
La casserole qui lui colle aux basques
Trotskiste de 1968 à 1977, puis membre du PS jusqu'en 2008, Mélenchon aurait le tort, pour certains, d'avoir trempé dans le gouvernement Jospin entre 2000 et 2002. En tant que ministre délégué à l'Enseignement professionnel, ce proche de François Mitterrand a donc assisté de près aux privatisations enclenchées à cette période... Lassé du Parti socialiste, qu'il juge de moins en moins à gauche, celui qui a été le plus jeune sénateur sous la Ve République finit par rendre sa carte d'adhérent. Dès 2009, le tribun cofonde le Parti de gauche, composante majeure du Front de gauche aux côtés du PCF.
Ses chances de créer la surprise
De plus en plus fortes. Mélenchon à 12 ou 15% le 22 avril? Au vu de sa dynamique, l'hypothèse semble loin d'être surréaliste. Ce score pousserait sans doute François Hollande, s'il est au deuxième tour, à amorcer un net virage à gauche. Le 7 mars, selon l'institut CSA, Mélenchon a déjà atteint la barre symbolique des 10% d'intentions de vote au premier tour. Rien à voir avec les 6% qui lui étaient attribués en janvier. L'ex-élu de l'Essonne déplace à présent jusqu'à 10 000 personnes par meeting. Si bien que, rançon de la gloire, son staff a revu à la hausse le budget de campagne pour louer des salles plus grandes.
Ce qu'il fera après la présidentielle
L'eurodéputé le répète à qui veut l'entendre. Non, non, trois fois non : en cas de défaite à la présidentielle, un strapontin ministériel, très peu pour lui. Et ce, même si ses vieux camarades du PS revenaient à l'Elysée. Dans l'hypothèse d'une victoire d'Hollande, principal favori des sondages, il lui sera difficile de revenir sur sa décision. A moins de se tirer une balle dans le pied. Après l'histoire du "capitaine de pédalo", Mélenchon a d'ailleurs trouvé pour le socialiste un nouveau surnom : "Hollandréou". Référence peu flatteuse à l'ex-Premier ministre grec, jugé trop mou face aux marchés financiers.
Le Monde.fr - 15/03/2012 - Jean-Luc Mélenchon a recueilli 1100 parrainages, selon le Front de gauche
Près de 1 100 signatures d'élus ont été recueillies par Jean-Luc Mélenchon, soit plus du double des 500 signatures nécessaires pour se présenter à la présidentielle, a annoncé jeudi le Front de gauche dans un communiqué.
Le candidat du Front de gauche à l'Elysée doit se rendre vendredi à 10h00 au Conseil constitutionnel pour déposer les derniers formulaires, mais le FG a indiqué pouvoir "d'ores et déjà annoncer que près de 1 100 élus ont apporté leur soutien à la candidature du Front de gauche".
Le Monde.fr - 19/06/2011 - Jean-Luc Mélenchon investi par les militants communistes pour 2012
Appelés à désigner leur candidat pour la présidentielle de 2012, les militants communistes ont largement plébiscité Jean-Luc Mélenchon, qui fera campagne sous les couleurs du Front de gauche. 59,12 % des votants ont accordé leur suffrage au vice-président du Parti de gauche, qui devance le député communiste du Puy-de-Dôme, André Chassaigne (36,82 %), et Emmanuel Dang Tran, responsable d'une section communiste parisienne, opposé au Front de Gauche (4,06 %).
Un peu moins de 50 000 militants ont pris part à ce vote, soit "plus de 70% des adhérents à jours de leurs cotisations", a souligné le n°1 du PCF, Pierre Laurent, y voyant une "mobilisation exceptionnelle qui souligne la valeur des choix effectués".
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| Photo : Lionel BONAVENTURE |
"A Jean-Luc, désormais notre candidat, je veux dire la valeur de notre engagement et de celui de tous les communistes", a encore déclaré Pierre Laurent. "Je sais que tu mesures la responsabilité qui est la tienne, tu peux compter sur nous (...) pour une grande et belle bataille unitaire, rassemblée, nous y veillerons ensemble".
En effet, pour la première fois depuis 1974, année où François Mitterand était candidat unique de la gauche, il n'y aura pas de candidat spécifiquement communiste à l'élection présidentielle. Au sein du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon est appelé à représenter aussi bien les communistes, que le Parti de Gauche et la Gauche unitaire.
Après le sérieux revers de Marie-George Buffet à la dernière présidentielle (1,93 % des voix), les communistes ont fait le choix de se ranger derrière un candidat dont la cote dans les sondages - entre 4 et 7 % d'intentions de vote - laisse espérer un meilleur score en 2012. En outre, la candidature de M. Mélenchon est assortie d'un accord sur les législatives très favorable au PCF, avec près de 80% des circonscriptions réservées à des candidats communistes.
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